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17/07/2009 - 19:02
Ghislain Fornier de Violet
        

Beautés Divines, une invitation au voyage de Morita Rieko

Huitièm Tribune



Pour sa première exposition hors du Japon, l’artiste Morita Rieko choisit Paris. L’Espace Mitsukoshi-Etoile abrite depuis deux mois une quarantaine de peintures vues par plus de 7000 amoureux du Japon.



Quelques mots échangés en japonais avec des visiteurs, et Dorothée de Boisseson donne le top départ de la visite guidée qu’elle a accordé en exclusivité à huitiemetribune.fr. Interprète et conférencière en art et culture japonaise, cette passionnée de savoir-vivre nippon se fait un devoir de « japoniser » notre approche des œuvres de Morita Rieko.
 
Morita Rieko
Morita Rieko

Technique traditionnelle

Cette dernière est une des rares femmes artistes issues de l’Ecole de Nihon-Ga de Kyoto, centrée sur la Nature comme sujet de travail. Une fois les esquisses dessinées, celles-ci sont retravaillées en atelier, à même le sol. L’Ecole préconise également l’utilisation de pigments minéraux mélangés à de la colle animale chauffée, technique qui confère à la peinture un éclat et une dynamique propre.
 
Beautés Divines, une invitation au voyage de Morita Rieko

Des forêts de symbole

Les œuvres de Mme Morita privilégient deux thèmes traditionnels de la peinture japonaise: tout d’abord le Kacho-ga, figurant la Nature, essentiellement les fleurs, les oiseaux et les insectes. Son œuvre Paravent à l’érable rougeoyant et au pin verdoyant est un mélange d’éblouissement et de douceur. A l’arrière-plan, de petits carrés de feuille d’or recouvrent entièrement le large support de soie, donnant l’impression d’un air presque palpable et vivant. De la poudre d’or pulvérisée figure le givre du petit matin.
L’érable et le pin se font face, creusant le contraste entre l’arbre périssable et le pin aux aiguilles éternelles. Shintoïste et Bouddhiste, Morita Rieko exprime dans ses œuvres son respect de la Nature, y célèbre la beauté de l’instant fugace. Entre les deux arbres, une feuille voltige au milieu du vide. « La peinture de Morita Rieko nous invite à chercher l’essentiel derrière le visible….qui est invisible » nous explique Dorothée de Boisseson.
Celle-ci nous invite ensuite à contempler les splendides Fusuma, cloisons coulissantes faites dans du bois de 800 ans d’âge. Ces cloisons décorées par Morita, appartiennent à la résidence du moine supérieur du célèbre Pavillon d’or de Kyoto, et ont fait exceptionnellement le voyage dans le cadre de l’exposition.
On peut également admirer le Paravent aux éventails des saisons, d’après le Dit de Genji où 12 éventails peints représentent les 12 mois du calendrier lunaire japonais.
Mme de Boisseson nous engage à regarder ces peintures avec les gokan, les sens. « Il faut, en regardant la glycine, savoir la respirer, entendre la brise dans les branches, sentir le moelleux de la végétation sous ses pas », précise t-elle. Une véritable invitation au voyage que Baudelaire n’aurait pas renié.
Fait atypique en comparaison avec la peinture occidentale, certains branchages sont volontairement coupés par le cadre : le spectateur doit imaginer le reste, devenir le peintre en action, et entrer dans une contemplation dynamique.
 
Beautés Divines, une invitation au voyage de Morita Rieko

Le visage du Japon

Le second thème de Morita concerne le Bigin-ya c’est-à-dire les « beautés » ou femmes japonaises. Morita s’ouvre ici aux influences extérieures et sort des sentiers battus de la tradition, nous révélant le visage d’un Japon divers et changeant : la jeune génération est peinte dans le style Kawai, issu des mangas. Des œuvres figurent des femmes plus mûres, en y mêlant des influences moyen-orientales. Le fond d’or également utilisé ici évoque Klimt et l’Art Nouveau. Mais l’artiste revient inlassablement aux représentations des beautés japonaises traditionnelles, entre autres représentées par des portraits de Maiko, apprenties-geisha. Le travail effectué sur les regards est magistral, à la fois expressifs et impénétrables, telles des Mona Lisa extrême-orientales. Mélange de retenue, de réserve et d’élégance, une allégorie de la femme japonaise idéale.
 
Beautés Divines, une invitation au voyage de Morita Rieko

Comme Monnet devant la cathédrale de Rouen, Morita peut assister toute une journée à l’éclosion progressive d’une fleur de son jardin. Si les impressionnistes recherchaient la fugacité de l’instant, l’artiste japonaise cherche quant à elle à faire ressentir l’éternel recommencement de l’instant.
Tels les érables et les fleurs, les « Beautés Divines » de Morita Rieko sont éphémères, et son exposition l'est malheureusement aussi.
 
Beautés Divines, une invitation au voyage de Morita Rieko




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