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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



19/07/2010 - 11:35
        

Contre-enquête : l’association Foire Saint-Germain est-elle vraiment dans son tort ?

Sixième Tribune a interrogé l'association Foire Saint-Germain et la mairie du 6ème.



Paris Tribune a mené l’enquête pour éclairer les zones d’ombre dans le litige qui oppose le maire du 6ème à l’association Foire Saint-Germain, sur fond d’audit de la Direction générale de l’Inspection générale de la Ville de Paris.



L’association Foire Saint-Germain n’est pas une association comme les autres. Trois jugements, tous favorables au maire du 6ème, en font la démonstration : les jugements du tribunal administratif en date du 10 juin et du 11 juin, brandis par Jean-Pierre Lecoq lors du conseil d’arrondissement du 22 juin, et le jugement du Parquet du Tribunal de Grande Instance de Paris en date du 30 décembre 2009, qui ne fait l’objet d’aucune publicité.

Au fil des pages, les secrets d'alcôves se dévoilent. L'enjeu : l'occupation, symbolique, de la Place Saint-Sulpice. Par son emplacement, elle est à la croisée des pouvoirs dont tous ont vue sur la place mythique : le pouvoir spirituel, avec l'Eglise Saint-Sulpice, le pouvoir politique, avec la mairie, et le pouvoir étatique, avec l'Hôtel des Impôts.

Dans un quartier qui perd son caractère populaire et où le prix du mètre carré affole les compteurs, quel rang donner à cette place : celui d'un parvis, d'une agora, d'une esplanade, d'un forum, d'une placette ou d'une forteresse ? Un square avec animations commerciales redondantes, musiciens et saltimbanques déambulant dans les allées bordées de pique-niqueurs, ou un espace de programmations culturelles inédites et gratuites pour tous ?

L'évaluation de cette place magique ne peut se faire en demandant simplement des informations sur l'action de la Foire Saint-Germain pour évaluer ses actions ! Les évaluateurs devraient être eux-mêmes du métier et se baser sur le projet triennal du Festival transdisciplinaire de la Foire Saint-Germain 2010-2012 ou à défaut, sur les pièces suivantes.
Un lion de la fontaine Saint-Sulpice
Un lion de la fontaine Saint-Sulpice

1°) Le compte rendu du conseil d’administration du 3 mai 1995 du Comité des Fêtes et d’Action Sociale du 6ème présidé par Jean-Pierre Lecoq, maire du 6ème

Jean-Pierre Lecoq fait remarquer que le festival « prenant de plus en plus d'importance » il « est indispensable de faire rentrer dans un cadre juridique précis plusieurs catégories de personnes qu’il est nécessaire de rémunérer compte tenu de la tâche qui leur est impartie. »

En 1994, Alain Ouy, membre du conseil d’administration du Comité des Fêtes, se voit confier l’organisation du Festival Saint-Germain.
En 1995, ce diplômé de l’Ecole du Louvre et en Histoire de l’Art quitte le conseil d’administration du Comité des Fêtes. Sur proposition du président qui lui laisse le choix, il devient prestataire de services, plutôt que salarié, pour poursuivre l’organisation du festival.

La suite est moins classique.

En 1996, le maire du 6ème embauche Alain Ouy en tant que chargé de mission pour les affaires culturelles. Un membre de cabinet qui est déjà la cheville ouvrière du festival Saint-Germain, pour l’assistance technique puis en tant que commissaire.

En 1997, le Comité des Fêtes cesse de s’occuper du festival qui vole de ses propres ailes au sein de la nouvelle association Foire Saint-Germain, sous le regard bienveillant de la mairie qui l’héberge. Toujours prestataire pour l’organisation de la Foire Saint-Germain, Alain Ouy devient le contact privilégié de Jean-Pierre Lecoq auprès de la présidente de l’association, qui n’est autre que sa mère, Jacqueline Ouy.
A la critique « c’est une affaire de famille », Alain Ouy balaie d'une main l’argument car « le maire du 6ème travaille aussi en famille ».

En 2007, il est licencié du cabinet du maire, peu avant le 30ème anniversaire de la Foire Saint-Germain qui reçoit les vives félicitations de l'élu n°1. Les dernières.

En 2008 et 2009, le maire du 6ème donne un avis défavorable pour la tenue de la Foire Saint-Germain sur la Place Saint-Sulpice. La Mairie de Paris ne le suit pas.

En 2009 et 2010, en plein audit, l'Hôtel de Ville arrête de subventionner la Foire Saint-Germain.
Les feux verts sont donnés très peu de temps avant le début des festivités, menaçant l'existence de la Foire engagée vis-à-vis de ses partenaires, dont la région Ile-de-France et le Ministère de la Culture.
Le démontage du Village Saint-Germain demande 4 jours de travail
Le démontage du Village Saint-Germain demande 4 jours de travail

Le bal du 13 juillet 2006 dans le Village Saint-Sulpice
Le bal du 13 juillet 2006 dans le Village Saint-Sulpice

2°) Les délibérations du conseil d’arrondissement du 6ème de juin 2005 et septembre 2006

Elles contredisent les propos tenus par la mairie du 6ème au journaliste du quotidien Le Parisien dans son article en date du 22 mai 2009.

La dénonciation de « l'organisation, la vétusté et la dangerosité des baraques, ainsi que la saturation inacceptable de la place Saint-Sulpice » est démentie par les délibérations du conseil d’arrondissement du 6ème : « La Foire Saint-Germain (…) a su trouver son identité et son public grâce aux expositions, spectacles pour adultes et enfants, concerts et programmations théâtrales accessibles gratuitement et qui animent chaque année pendant près d’un mois cet arrondissement. »

En 2005, les baraques servent d’écrin sécurisé, mieux que des tentes légères, au célèbre vide-grenier des quartiers du 6ème.

En 2006, la mairie du 6ème prolonge l’occupation de la place Saint-Sulpice pour gérer le Bal du 13 juillet 2006, jusque là organisé par la cellule du parti communiste du 6ème arrondissement !

La dénonciation du caractère « commercial » de l'association « gérée comme une entreprise personnelle » est désavouée par les délibérations du conseil d’arrondissement de juin 2005.

L’adjoint au maire Olivier Passelecq « souligne que la gestion de la Foire est très saine, comme le montre la fiche financière ».
Il « regrette que la subvention soit en diminution depuis 2003 (…) alors que l’association verse une redevance d’occupation du domaine public en constante augmentation. Monsieur Jean-Pierre Lecoq a sollicité une exonération de cette redevance en raison du caractère culturel de la manifestation, ou à défaut une exonération partielle à hauteur de 50%.
Si cette démarche ne pouvait aboutir, il conviendrait de demander une augmentation de cette subvention pour obtenir un montant équivalent à 40 000 euros (…) Compte-tenu de l’intérêt culturel des activités de l’association Foire Saint-Germain, il est souhaitable d’approuver l’attribution d’une subvention de 30 000 euros. »


Jean-Pierre Lecoq « précise que la hausse de la redevance lui paraît très préoccupante et considère effectivement que seul le salon des antiquaires qui génère des recettes devrait être soumis à la redevance du domaine public, et que les manifestations culturelles devraient être exonérées. »

En 2005, le vide-grenier des conseils de quartier du 6ème utilise les baraques du Village Saint-Germain
En 2005, le vide-grenier des conseils de quartier du 6ème utilise les baraques du Village Saint-Germain

3°) L’audit sur l’association Foire Saint-Germain, réclamé par le maire du 6ème et demandé par Bertrand Delanoë, sur la période 2005-2007

Il est consultable dans son intégralité à l’Inspection Générale de la Ville de Paris, 17 boulevard Morland dans le 4ème arrondissement.

Il y a les activités culturelles directement organisées par l’association et celles organisées par des associations à travers la Foire Saint-Germain.

Les partenaires engagés dans la manifestation n’ont pas été auditionnés : le Comité International des Jeux mathématiques, Paris-Potiers, le Marché de la Bibliophilie, le Marché de la Poésie, Ekkyklema pour le Salon du Théâtre, le Conseil régional d’Ile de France, le Ministère de la Culture.

L’organisation de la Foire Saint-Germain, complexe dans son action et dans sa forme, est appréciée par ses partenaires parce qu’elle n’intervient pas comme un prestataire de service. En témoigne le mode de fonctionnement trouvé entre l’association Foire Saint-Germain et le Marché de la Poésie : celui-ci règle sa facture non pas pour l’année en cours mais pour l’année précédente. Le Marché de la Poésie, c'est le plus grand salon gratuit en France avec la participation de 500 maisons d’édition. Son budget total est comparable à l’ensemble du budget de l’association de la Foire Saint-Germain.
Les Journées de la Céramique sont également assumées par l’association Paris Potier. Des choses fausses ont été dites à ce sujet lors du conseil du 6ème arrondissement du 31 mai 2010.

Quant aux comptes exposés dans le rapport définitif, ils ne reflètent pas le coût réel des actions culturelles, qui devrait inclure le paiement des artistes et les droits d’auteurs.

Autre fait goûteux, les auditeurs, trois fonctionnaires payés par l’Hôtel de Ville pendant un an à temps plein, réalisent leur rapport avec « un contact régulier maintenu tout au long de l’audit avec l’adjoint au maire du VIe arrondissement », Olivier Passelecq, adjoint au maire du 6ème chargé de la culture, soit une partie prenante au litige ! Une situation jugée normale par les édiles.

Pour les soirées de l’édition 2010, les partenaires étaient encore plus nombreux avec la complicité du Théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, du Centre National du Livre, de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (la SACD, fondée par Beaumarchais), de l’Institut hongrois de Paris, du Goethe-Institut de Paris, de la Maison des Cultures du Monde, des Conseils régionaux d’Ile de France et des Pays de la Loire et du Ministère de la Culture.

Le démontage des baraques pesant 800 kilos chacune, entièrement rénovées en 2009
Le démontage des baraques pesant 800 kilos chacune, entièrement rénovées en 2009

Conclusion : le rapport définitif n’apporte pas la preuve des allégations portées par la mairie du 6ème contre la Foire Saint-Germain

Non pas celui mis partiellement en ligne sur le site de la Mairie de Paris mais celui qui est consultable dans son intégralité.
Mieux, les préconisations rédigées en 2009 dans les conclusions des auditeurs ont été appliquées « car certaines étaient justifiées et utiles » selon la présidente de l’association Jacqueline Ouy.

Parmi les recommandations : une meilleure présentation de la comptabilité et le contrôle des statuts de l'association par l’administration fiscale.
Le changement le plus important reste la modification des statuts en 2009. Les droits de la présidente sont revus à la baisse. Tout comme l'interdiction pour l’adjoint au maire d'être membre de droit de l’association. Une situation héritée d’un autre temps où les mairies rêvaient d'avoir une emprise sur les associations et de s'octroyer un grand pouvoir de vérification.

Le miracle opère : dépoussiérée, libérée, l'association Saint-Germain passe de quelques membres en 1997, à plus de 100 en 2009.

Epilogue : La Foire Saint-Germain, née en 1176, renouvelée en 1978, sacrifiée sur l'autel des anciennes coutumes ?

Le maire du 6ème l'a déclaré à Paris Tribune le 6 juilet par téléphone, cette affaire n’est qu’un divorce comme un autre : « Comme dans un couple, les personnes s’aiment et puis un jour, elles se haïssent ».

Interviewé sur le côté « amis de 30 ans », Alain Ouy répond que 11 ans de service au cabinet du maire ne font pas de ce dernier un ami.

Paris Tribune est en mesure d’affirmer que cette histoire de famille n’en est pas une. Ce n'est pas une affaire d'argent non plus.

Les rapports se tendent entre la mairie et l’association à la fin de l’année 2006. Lors des vœux pour la nouvelle année 2007, Jean-Pierre Lecoq annonce l’honorariat de Jacqueline Ouy. Le maire souhaiterait un autre président à la tête de la Foire Saint-Germain. Au nom de la liberté d’association, Jacqueline Ouy n’est pas de cet avis. La guerre éclate, violente.

Le maire du 6ème ouvre les hostilités par deux notes du 6 mars et du 14 mai 2007 mettant en cause le fonctionnement de l’association. Des procédures, instruites devant la juridiction pénale, en dépendent. Plus d'association Foire Saint-Germain, plus de poursuites.

S’il s’agit bien d’une simple affaire de famille, une solution sera vite trouvée. Les partenaires de l’association Foire Saint-Germain n’attendent qu’un signe de l’Hôtel de Ville pour être entendu. Tout comme l’association Foire Saint-Germain qui a demandé à être reçue par le Maire de Paris, Bertrand Delanoë.

Conscient des remous que cette contre-enquête pourrait susciter, Paris Tribune ouvre volontiers ses colonnes à la mairie du 6ème, à l'association Foire Saint-Germain, à la Mairie de Paris, aux partenaires de la Foire, et à tous les professionnels de la Culture qu souhaitent s'exprimer sur le sujet !


Lire l'artice du 28 juin 2010 : Jean-Pierre Lecoq invite la Ville de Paris à récupérer les subventions versées à l'association Foire Saint-Germain.
En pièce jointe : un dossier de presse trouvé sur Internet présentant l'événement d'A3-Art à la Foire Saint-Germain 2007 avec une note d'intention du maire du 6ème : Que feront-ils le 25 juin sur la Place Saint-Sulpice ?
Le Village Saint-Germain capitalise sur son expérience d'année en année
Le Village Saint-Germain capitalise sur son expérience d'année en année

fsg_3_arts_dp_2007.pdf FSG 3 arts DP_2007.pdf  (3.05 Mo)



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