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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



17/05/2008 - 16:22
par Jean-François Durantin, Chercheur
        

En marche pour l'Union Pour la Méditerranée (UPM)

Paris Tribune.fr



La future «UPM» : la formalisation d’une initiative jugée peu claire ou plutôt utopique ?



L’édification d’une Union pour la Méditerranée proposée, avec une certaine grandiloquence, d’abord dans le discours de Tanger, le 23 octobre 2007, par le président Sarkozy, lors de sa visite d’Etat au Maroc, constitue le rappel d’une intention manifestée dès le 28 février 2007 dans le discours sur la politique étrangère de la France de celui qui n’était alors encore que candidat.
Ensuite, lors de sa visite à Alger, le 8 décembre 2007, le président Sarkozy déclare : « Comme la France offrit jadis à l’Allemagne de construire l’union de l’Europe sur l’unité franco-allemande, la France est venue proposer à l’Algérie de bâtir l’Union de la Méditerranée sur l’amitié franco-algérienne ». Puis, le 30 avril 2008, à Tunis, et en dépit des réserves de l’Allemagne, le président Sarkozy ajoute : « Ce qui se joue en Méditerranée, c’est une certaine idée de la personne humaine ».

Cette « Union pour la Méditerranée » demeure la formalisation d’une initiative jugée « peu claire » et plutôt utopique par nombre de diplomates.
D’ailleurs, selon le président français, il s’agit d’un « rêve de paix et de justice, et non pas de conquête », « un grand rêve de civilisation susceptible de soulever le monde », en relevant d’immenses défis.
Il s’agit en fait d’un triple défi pour la France et pour l’Union européenne : de nature politique, d’abord ; de nature économique et financière, ensuite ; de nature institutionnelle et culturelle, enfin.
En marche pour l'Union Pour la Méditerranée (UPM)

Un défi politique

► Il convient tout d’abord de réconcilier deux mondes antagonistes, longtemps opposés en raison de la colonisation.
Il suffit de rappeler les 132 années où la colonisation française a sévi en Algérie. On peut aussi signaler les mandats français sur la Syrie et le Liban, à tel point que les territoires du sud et de l’est méditerranéens étaient effectivement considérés par les ressortissants de l’Europe de l’Ouest comme des pays mineurs, voire nécessitant une tutelle.
C’est en ce sens que l’Algérie actuelle souhaite une véritable autocritique des autorités françaises, alors que le président Sarkozy exclut, quant à lui, toute forme de repentance.
► Il convient ensuite de souligner que l’Union pour la Méditerranée pourrait constituer un moyen d’intervention de l’Europe dans les conflits du monde méditerranéen.
Depuis Saint-Malo (1998), les textes sont nombreux qui assignent aux pays de l’UE une mission d’intervention dans les conflits situés à la périphérie de l’Europe. On soulignera à cet égard l’incapacité matérielle des Européens à intervenir et on citera, en particulier, la guerre et les troubles dans les Balkans, lesquels n’ont cessé que grâce à une intervention américaine sous le couvert de l’OTAN, en 1995.
On insistera par ailleurs sur le fait que la PESD -Politique extérieure de sécurité et de défense- relève du privilège régalien des Etats de l’UE, les citoyens ne se trouvant en effet pas consultés lors de sa mise en œuvre.
Il n’en reste pas moins que, hormis le cas du Liban, la France n’a jamais été associée directement à l’élaboration d’une solution pour les conflits du sud et de l’est de la Méditerranée. C’est ainsi que les Américains interviennent, sans grand résultat, dans le conflit entre Israël et la Palestine. C’est ainsi, de la même manière, que la France n’a pas su mettre à profit ses bons offices dans le conflit sahraoui, ni apaiser les graves différends entre le Maroc et l’Algérie à propos de leur frontière commune.
On mesure combien une PESD efficace pourrait symboliser un instrument réducteur de conflits, des pays du Maghreb à la Turquie.
► Il convient, enfin, de souligner que l’Union pour la Méditerranée pourrait permettre d’affronter les défis démocratiques, énergétiques et migratoires.

• Face à des Etats où les processus électoraux sont souvent peu fiables et où la libre expression des partis politiques d’opposition et de la presse laisse à désirer, le modèle des critères de Copenhague qui rassemble des Etats de l’UE constitue un exemple à imiter à moyen terme.
• Quant aux défis énergétiques, ils sont considérables. Pendant la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy, proposait à ce sujet de procéder à des pactes d’échange entre gaz et pétrole sahariens et mise en place du nucléaire civil, c’est-à-dire d’effectuer des échanges énergétiques.
• Concernant les défis migratoires, la France propose à l’ensemble de l’Europe, à l’aube de la présidence française de l’Union européenne, une immigration « choisie et concertée ». Cette priorité de la présidence française s’inscrit en fait dans un projet de « pacte européen sur l’immigration et l’asile » dont l’objectif consiste à renforcer les mécanismes de coopération communautaire face aux directives que la Commission doit proposer au cours du second semestre 2008.

Un défi économique et financier

On admettra que, entre le nord et le sud de la Méditerranée, des niveaux de vie et de développement très différents doivent être pris en compte.
Mais on soulignera que les disparités de développement sont également considérables entre l’ouest et l’est de l’Europe des 27, ainsi que l’a constaté le président Ion Iliescu lors d’une conférence à la Maison de l’Europe, le 28 mai dernier.
On traitera du bienfait des échanges, du décollage des pays du sud et de l’est de la Méditerranée, ainsi que des moyens de financement de l’UPM.

► Plutôt que de recourir à la stabilisation des recettes d’exportation des PVD -laquelle ne constitue qu’un cataplasme- et en dépit des conférences successives de Lomé et de Cotonou, on peut proposer aux pays de la Méditerranée l’apprentissage de la parité des échanges, gagée sur les ressources du sous-sol de quelques-uns des 16 pays qui doivent, avec les 27, participer à l’Union pour la Méditerranée.
► Le décollage des pays du pourtour méditerranéen pourrait s’effectuer dans le cadre d’une zone de libre-échange. A celle-ci serait ajoutée, comme dans l’Union européenne, une préférence communautaire adaptée aux pays du sud et de l’est de la Méditerranée, afin de renforcer la solidarité des 43 participants.
Ce décollage économique permettrait de transformer le pourtour méditerranéen en une zone d’émergence pour les 16 pays considérés, à l’instar des pays émergents d’Asie.
► Les moyens de financement de l’Union pour la Méditerranée sont d’autant moins importants que l’Allemagne, au même titre que le Royaume-Uni, ne souhaitent pas augmenter, sur ce point, le budget de l’Union européenne.
L’objectif consisterait à faire de l’UPM un instrument de convergence, moyen de développement inspiré par le modèle des politiques structurelles européennes qui a bien réussi aux pays de l’UE.
On peut distinguer cinq sources de financement :
• Les subventions par le budget communautaire : selon les desiderata de l’Allemagne, l’UPM ne bénéficiera, en la matière, que des crédits programmés à l’issue du Processus de Barcelone et pour la politique de voisinage, soit 7,5 milliards d’euros.
• L’aide bilatérale : elle représente la moitié de l’aide budgétaire européenne aux pays du sud de la Méditerranée, dont la France est le premier bailleur de fonds, avec 700 millions d’euros par an.
• Les financements bancaires institutionnels européens : la BEI a d’ores et déjà établi une liste de 44 projets prioritaires de dépollution, lesquels représentent un coût de 2,1 milliards d’euros.
• Le financement privé : l’appui du financement des pays arabes serait perçu comme un signal politique fort pour la future Union.
Et ce d’autant plus que ces banques arabes se trouvent actuellement en situation de surliquidité, c’est-à-dire qu’elles sont capables de souscrire des engagements à court terme constitués sous la forme de placements monétaires qui se révèlent supérieurs aux dépôts, ce qui les rend moins vulnérables au risque que la plupart des banques de l’UE.
• La fiscalité : c’est une voie dont personne ne veut, en l’absence d’incitation étatique. Par contre, une « contribution volontaire » constituerait un compromis acceptable. A titre d’exemple, une taxe de 0,5 euro par nuitée touristique et de 2 centimes par litre d’essence transporté rapporterait 7,5 milliards d’euros.

Un défi institutionnel et culturel

On distinguera trois points : l’encadrement du processus par la Commission, l’indispensable coopération institutionnelle Nord-Sud, et le rapprochement des cultures.
► L’encadrement du processus par la Commission correspond aux exigences de l’Allemagne, qui en a fait une condition préalable à son accord.
Le président Sarkozy, de retour du Conseil européen, le 14 mars 2008, a parlé de « compromis nécessaire ».
► Il n’en reste pas moins que, si la Commission contrôle le processus, il faudrait que l’indispensable coopération institutionnelle Nord-Sud soit mise en place grâce à la création d’un secrétariat Nord-Sud au sein duquel la France assumerait un rôle qui reste à définir quant à la représentation des pays du Nord.
Dans un premier temps, le Sud pourrait être représenté par le Maroc, voire par l’Egypte, lesquels se montrent très ouverts aux questions de coopération institutionnelle. On rappellera qu’il s’agit de construire une « union pragmatique à géométrie variable ».
► Pour ce qui est du rapprochement des cultures, l’Union pour la Méditerranée est susceptible de constituer le point de rencontre entre la chrétienté et l’islam, donc de permettre d’éradiquer le terrorisme, l’intégrisme, et le fondamentalisme. En cela, elle apporte une réponse constructive au « choc des civilisations ».
Pourtant, le discours prononcé à l’occasion de la Conférence des ambassadeurs le 28 septembre 2007 redoutait l’éventualité d’une guerre entre Occidentaux et fondamentalistes islamistes. La réponse du président Sarkozy à Samuel Huntington est depuis lors devenue positive, et le choc des civilisations s’en est ainsi trouvé écarté.

Edito : Janvier 2012 : la presse d'information déjà endeuillée.



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