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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



Cet article cite : arrondissement, journaux, kiosque, paris
13/07/2009 - 16:37
Ghislain Fornier de Violet
        

Enquête sur les relais locaux de l’information dans la capitale

Une enquête exclusive de Huitième Tribune sur les emplacements de kiosques à Paris.



Quelle répartition des kiosques à Paris ?



(c) AP Le réseau Kiosque
(c) AP Le réseau Kiosque

Partie intégante du décor

Ces petits cubes verts à chapiteaux qui saturent le paysage de la capitale sont chers aux parisiens. Dans la trinité des commerces de proximité indispensables, ils se tiennent aux côtés des boulangeries et des épiceries. Baguette sous le bras ou journal du matin, même combat ! Plus discrets, les bornes d’informations que sont les kiosques sont tout aussi présents que les récentes et populaires bornes Vélib’. Et pourtant, le marasme de la presse dès 1998 fait des kiosques parisiens une espèce en potentielle voie de disparition.

Une espèce protégée

A tel point qu’en 2005, le nombre de candidats au métier de kiosquier est en chute libre. Sur les 374 kiosques parisiens, 101 sont fermés. La Mairie de Paris choisit donc de riposter afin d’enrayer la pénurie de kiosquiers. Elle octroie une délégation à l’AAP (Administration d'Affichage et de Publicité) pour gérer le réseau kiosquier de la capitale. « Nous adoptons une politique volontariste et ambitieuse d’ouvertures et de réouvertures » explique Katerine Laborde, directrice de la communication et du développement de l’AAP. Les missions de l’entreprise sont vastes : réparer les implantations, les entretenir, former les kiosquiers, en créer de nouvelles. Le coût de construction d’un kiosque n’est pas donné, et varie entre 50 000 et 120 000 euros. Mais les recettes de l’affichage publicitaire permettent à l’AAP de supporter ce coup. C’est pourquoi chaque année, de nouveaux kiosques poussent dans Paris comme des champignons (de Paris), et qu’à l’inverse disparaissent les boutiques de presse traditionnelles, qui ne peuvent plus faire face à la cherté des loyers parisiens. Mais si dense soit le réseau parisien, sa répartition reste marquée par de troublants déséquilibres.

Le kiosquier rue de Marigny
Le kiosquier rue de Marigny

Combien de kiosques près de chez vous ?

Dans le grand Monopoly du kiosque, votre arrondissement est-il correctement pourvu ? En la matière, certains arrondissements sont de véritables réserves naturelles alors que d’autres sont de vrais déserts de l’info. Mais laissons parler les chiffres. En dépit de son nombre restreint d’habitants, l’arrondissement le mieux doté est le 8ème avec 35 kiosques ouverts. Puis viennent respectivement second et troisième le 17ème et le 16ème avec respectivement 29 et 28 kiosques. En revanche, les trois arrondissements les plus dépourvus sont le 3ème, le 10ème et le 19ème avec 8, 9 et 10 kiosques seulement. Les autres arrondissements gravitent autour d’une moyenne de 10 à 20 kiosques. Les écarts sont larges. Dans le 8ème, on trouve donc 1 kiosque pour 1110 habitants environ. Dans l’arrondissement le plus peuplé, le 15ème, ses 16 kiosques donnent une moyenne de 1 kiosque pour 14 559 résidents. Dans le 20ème, qui totalise 11 kiosques, ce sont 17 564 habitants qui se partagent un point de vente, en moyenne. Ces écarts s’expliquent par la sociologie différenciée des arrondissements et leur potentiel d’achat, mais pas uniquement. Le 3ème arrondissement ne dispose que de peu de kiosques par habitant.

Les emplacements favorables

Le terreau le plus propice aux implantations constitue en fait les zones fortement peuplées, comprenant des populations à fort pouvoir d’achat, et si possible touristiques. Le 8ème n’est pas très peuplé, mais comprend de nombreux bureaux, grands consommateurs. Le 16ème et le 17ème sont fortement peuplés, et leurs habitants peuvent se permettre des achats réguliers. Les arrondissements du centre de Paris, comprenant bureaux, ministères, universités, et disposant d’un fort potentiel touristique, sont conséquemment bien équipés. Mais on n’observe néanmoins quelques exceptions, le 9ème, le 12ème et le 14ème, plutôt périphériques, disposant de respectivement de 19, 20 et 20 kiosques. Les arrondissements les plus ignorés du réseau kiosquier sont donc le 10ème, le 13ème, le 18ème, le 19ème et le 20ème. Soit que les boutiques de presse y soient encore présentes du fait de loyers moins chers, soit que leurs habitants n’achètent pas la presse papier, devenue il est vrai un véritable bien de luxe ces dernières années.

Un problème de fond

La densité de kiosques par arrondissement dépend donc du potentiel d’achat de la zone en question. Mais les kiosques eux-mêmes ne sont-ils pas menacés à terme par la crise profonde que traverse la presse écrite en France ? La politique volontariste de l’Hôtel de Ville, et le système hybride de gestion par un entrepreneur rémunéré par la publicité permet pour l’instant de maintenir le réseau en place, sans bourse déliée pour la Mairie de Paris et pour les parisiens. Mais les kiosquiers interrogés restent unanimes sur le problème de fond : les ventes sont nettement moins bonnes qu’il y a 10 ou 20 ans de ça. Si le marché de la presse persistait dans ses mauvaises tendances, le réseau kiosquier pourrait bien se voir imposé une diète drastique. Le kiosque, oasis d’actualités dans le paysage parisien, pourrait se tarir.


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