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Mardi 13 Août 2013 - 15:30
Julia Parrel


        

Est-il nécessaire de raser la centrale d’incinération d’Ivry ?

Ivry-sur-Seine : la centrale d'incinération et les gestionnaires de services publics.


Alors que la réduction des dépenses publiques est dans toutes les bouches, la centrale d’incinération d’Ivry-sur-Seine jette un véritable cas d’école en pâture aux gestionnaires de services publics. L’Île-de-France va-t-elle se lancer, elle aussi, dans la course à la gabegie ?




Ivry-Paris XIII est l’une des centrales d’incinération de déchets franciliennes. Gérée par le Syndicat Intercommunal de Traitement des Ordures Ménagères (SYCTOM), cette infrastructure fait, depuis quelques années, l’objet d’un projet de reconstruction particulièrement polémique et entouré d’un voile d’incertitude ; d’opacité, diront certains.

Un projet d’aménagement majeur

Depuis 2009, il est question de raser le centre d’Ivry-Paris XIII pour le reconstruire entièrement. Au programme : un investissement de près d’un milliard d’euros alloué à « la transformation du centre multifilière en centre de valorisation organique et énergétique ».
Le projet, annoncé en grande pompe par Pierre Gosnat (http://www.elunet.org/spip.php?article18863), maire d’Ivry-sur-Seine, est conçu pour pallier le risque du « sous-dimensionnement » afin « de ne pas se retrouver dans 20 ou 30 ans dans une situation où nous ne pourrions pas traiter une surabondance de déchets ».
Et pour être certain d’atteindre ces objectifs, le budget du SYCTOM prévoit 20 % de marge d’erreur ; une approximation que les riverains, principaux contributeurs au projet via la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), apprécieront.
En effet, le SYCTOM qui finance le projet prévoit de le financer en fonds propres. Pour ce faire, le syndicat prévoit de contracter un emprunt qui « doublerait son endettement actuel ». En fait, il le triplerait, presque. Mais pareil emprunt serait bien évidemment remboursé à l’aide des recettes du syndicat, elles-mêmes composées à 77 % d’impôts et redevances payés par les contribuables franciliens.

C’est là où le bât blesse : est-il bien raisonnable de prendre la décision d’endetter encore davantage les générations futures et de contribuer à l’accroissement de la pression fiscale sur les foyers français à un moment où les priorités, nous explique le gouvernement, sont à l’efficacité des dépenses publiques ?
D’une certaine manière, le projet de reconstruction d’Ivry-Paris XIII pêche par son ambition quasi-mégalomaniaque, qui risque de grever des années durant le budget du SYCTOM, et donc celui des ménages Franciliens.
N’en déplaise à Didier Migaud et aux experts de la Cour des comptes - qui en appelaient encore récemment à réduire le gaspillage de l’argent public (http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202889728237-la-cour-des-comptes-epingle-l-organisation-de-l-etat-sur-le-territoire-585194.php) - et aux contribuables - sur qui la pression fiscale s’accentue - le coût du projet ivryen semble vraisemblablement déjà promis à l’explosion.
Usine de traitement des ordures ménagères du SYCTOM à Ivry-sur-Seine - Crédit photo : Oxam Hartog sous licence creative commons
Usine de traitement des ordures ménagères du SYCTOM à Ivry-sur-Seine - Crédit photo : Oxam Hartog sous licence creative commons

Optimiser les dépenses

Le centre d’incinération d’Ivry-sur-Seine est une infrastructure stratégique pour l’ensemble de la région francilienne. D’après Rue 89 (http://www.rue89.com/planete89/2010/05/24/au-coeur-de-lincinerateur-divry-sur-seine-152141), plus de 700 000 tonnes de déchets sont incinérées chaque année sur ce site et quelques 33 000 tonnes y sont recyclées et réexpédiées.
Les ordures de pas moins de 84 communes franciliennes sont expédiées vers ce site qui, depuis 1996, pratique le tri sélectif. Car l’usine a été plusieurs fois rénovée. Depuis 1993, plus de 200 millions d’euros hors taxes ont été investis par le SYCTOM pour développer les infrastructures de tri sélectif et réduire l’empreinte écologique de l’usine d’incinération. L’objectif de ces dernières années : approcher du zéro rejet.

Compte tenu des progrès ainsi réalisés en matière de performance environnementale, et de l’état de l’usine qui continue d’être fonctionnelle, la poursuite de sa modernisation s’impose à l’esprit comme la solution la plus adaptée, tant sur le plan technique qu’économique.
Il n’y a pas si longtemps, Jean-Yves Bertucci, président de la chambre régionale des comptes d’Île-de-France, interpellait (http://www.leparisien.fr/ivry-sur-seine-94200/gare-aux-depenses-en-hausse-27-05-2011-1468747.php) la mairie d’Ivry au sujet de la « croissance constante des dépenses » de la ville. Dans ces conditions, il ne fait aucun doute que les contribuables seraient, eux aussi, sensibles à l’argument du coût marginal lié à tout investissement concernant le centre d’Ivry-Paris XIII.
Plutôt que de gâcher dix ans d’investissements dans le centre d’Ivry-Paris XIII, ne serait-il pas préférable d’amortir ces dépenses avant d’envisager une reconstruction inutile? Est-il bien nécessaire de raser la centrale d’incinération d’Ivry-sur-Seine ? Pour le comptable, la réponse est évidemment non. Tout comme pour l’ingénieur d’ailleurs !
Mais pour le décideur public, il semblerait que le sujet des ordures ne mérite pas qu’on le considère avec la rigueur du gestionnaire en « bon père de famille ». Les administrés franciliens, pour leur part, auraient tort de ne pas s’en préoccuper. Car de la décision qui sera prise à ce sujet découlera le montant qui s’inscrira sur leurs redevances aux collectivités territoriales, et celles de leurs enfants pendant quelques décennies encore.






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