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L'homme au sourire en tranche de pastèque - épisode 52

Paris Tribune offre à ses lecteurs le dernier épisode du tome 1 d'un thriller "comme on n'en fait plus" et une Saga des Isles.


Découvrez enfin qui est l'Homme en tranche de pastèque. Fin du Tome 1, "Les Rets de Taramea", du roman-feuilleton "L'Homme au sourire en tranche de pastèque". Y aura-t-il une suite ?



Circulant d’un groupe à l'autre, le Majoral apaisait et rassurait. Il commanda qu'on amène des couvertures et, sous la protection de l'astre de la nuit qui avait retrouvé sa blancheur, le camping s'organisa.

Deux niveaux au-dessous, il en était tout autrement. Les pompiers, inébranlables dans la fournaise, défendaient le Sud pied à pied contre un dragon maniant cent mille brandons avec une virtuosité démoniaque, les retirant d’ici pour les jeter plus loin, encerclant qui lui plaisait.

Folles, les flammèches bondissaient de carrosserie en piliers, de rambardes en bordures, de tuyaux en pompiers, gourmandes de combustion, affamées de dégâts.

Face à elles, stoïques dans leurs scaphandres, les hommes en rouge subissaient mais ne lâchaient pas prise. Tantôts assiégés, tantôt affranchis, ils tenaient tête à l’étincelle désinvolte jouant à cache-cache avec l’escarbille ombrageuse.

La danse était macabre, malgré la somptuosité des couleurs qui chatoyaient dans les sous-sols. Elle avait un sens, un saint sens : avant-garde de la misère qu’elle voulait installer au Sud, il lui fallait danser, danser encore, danser toujours, s’enivrer de produits pétroliers, s’abîmer dans cette mission sans retour, s’étourdir dans cette valse effrénée, et détruire.

Dans le fracas des réservoirs de gazole, d'essence et de gaz qui explosaient, la lutte, un temps indécise, tournait lentement, comme à regret, à l'avantage du DAT. La Gare de l'Échange, l'un des principaux piliers de l'aisance sudiste, était sauvegardée. Dès lors, Bigoudi, très entouré, racontait, détaillait par petites touches, commentait les événements de cette nuit de fête qui avait tourné au drame.

Debout dans les gradins, éperdue de reconnaissance, la population, à l’exemple du Majoral, entonna l’hymne sudiste avec plus de force qu’à l’accoutumée. On sentait passer dans les poitrines un élan de foi et de fierté en l’avenir. Grave, solennel, profond, poussé par des centaines de poitrines, le chant prit du champ.

Danse tahitienne - Photo : RJD.
Danse tahitienne - Photo : RJD.
« Ruahatu a donné bonites et thons (1)
Ra a allumé étoiles et constellations (2)
Pour les guider.
La pirogue était brave, elle a fendu la vague,
Supporté l’ondée, le perfide remous dompté,
S’est approchée.

Ils sont arrivés enfin, marins de besoin
Redevenus planteurs, ont peuplé la contrée.
De Aotearoa, nostalgiques, (3)
Déjà envoûtés par la mer magique,
Le lagon poissonneux, le temps langoureux.

Le cri des Chefs monte de la Vaitepiha (4)
Et sonne, éclatant ! Vehiatua ! (5)
Mânes des Ancêtres, solennité
Du marae, enceinte sacrée
Du Taputapuatea de Fatutira, (6)
Contemplation, recueillement, méditation,
Pic de plaintes, profondeur d’invocations.

Danse tahitienne - Photo : RJD.
Danse tahitienne - Photo : RJD.
Pentes douces de ton Plateau,
Bétail paisible dans tes enclos,
Chant du coq dès le réveil,
Lumière irisée du soleil
Jouant au travers des perles d’eau
Dans le feuillage de l’arbrisseau.

Et Toi, Taravao, Fille de la Terre et du Vent,
Hibiscus magnifique, corolle dans l’alizé
Emblème éclatant dans un cadre riant,
Rassemble, prodigue force, volonté,
Règne !
Et donne à tes enfants laborieux
Le fruit d’un travail joyeux. »

A Papeete, dans la Vaifafa, au cœur du massif basaltique, les forces du Mal, sans répit, s’étaient déjà remises à l’œuvre.
La déroute de Taramea pouvait passer pour de la faiblesse. Marie-Jeanne le craignait. Déjà, quelques petits malins sachant compter vendaient un produit pouvant faire de l’ombre à l’octoplus : le "haschich parmentier", mélange de paka et de patate douce râpée, allongé de lait concentré pour en affirmer les effets. La réaction de la Secte fut violente, à la hauteur des dizaines de millions de taras risquant d’être perdus par une concurrence toute déloyale. Lorsqu’on titille le nerf de la guerre, une certaine fièvre s’installe, c’est connu.

Ces temps furent cruels ; ils montrèrent la toute-puissance et la férocité de l’espèce animale qui avait choisi d’étendre son influence à tout Gaïa : l’Homme. La rivalité fut balayée impitoyablement, montrant par là même que Taramea était toujours aussi déterminée dans ses entreprises criminelles, toujours aussi résolue à régner sans partage, toujours aussi décidée à occuper la place, sa place, toute la place. C’est par demi-douzaines que les nouveaux dealers furent brutalement et définitivement retirés du circuit, puis déconnectés.

Le lendemain du jour qui avait vu le choc entre Taiarapu et la Secte odieuse, au lever du jour, la morgue était pleine mais la Presqu'île, plus belle que jamais, accueillait le joli Mai. Dans le lointain, on entendait le chant de marche de la jeunesse sudiste

« En marchant dans le soleil levant,
Tête haute et les cheveux dans le vent... »


Et, devant l'espoir qui défilait, de contentement, les hibiscus inclinaient respectueusement leurs milliers de corolles multicolores, aidés en cela par un alizé toujours aussi fraternel.

La Ville des Hibiscus était sauvée et l’appétit de Taramea contenu. Conscient que sa mission venait de prendre fin, et de son succès, ravi à la pensée qu’il allait pouvoir enfin se replonger dans ses chers livres, Mekter poussa un profond soupir de soulagement tandis qu’un sourire en tranche de pastèque illuminait sa tronche poupine.

R. Gidais

(1) Dieu de la mer
(2) Dieu du soleil
(3) la Nouvelle Zélande
(4) la plus grande rivière de la Presqu’île
(5) un Chef de Taiarapu
(6) ancien lieu de culte de Tautira

Relire tous les épisodes du Tome 1 de votre thriller, depuis le début : épisode 1.

Fleur d'hibiscus - Photo : RJD.
Fleur d'hibiscus - Photo : RJD.

Post-Scriptum

Est-ce la fin de cette incroyable histoire véridique ? Ou y aura-t-il une suite ? Le voile pudique qui a, jusqu’à présent, caché sous ses amples plis la vie privée de ce personnage hors du commun se déchirera-t-il ?

Saura-t-on enfin tout sur l’enfant cachée de Mekter,

« La Fille aux Yeux de Merlan frit »

celle dont seuls quelques très rares initiés connaissent l’existence ?

Qui peut du Futur
Connaître la trame
Et ses drames ?

R. Gidais, auteur du roman "Les Rets de Taramea".
Mercredi 15 Février 2012
              

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