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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



13/02/2014 - 22:40
        

Le gain politique de Jean-Pierre Lecoq

Jean-Pierre Lecoq, maire du 6e arrondissement, recule l’une de ses affaires au Palais de Justice de Paris au delà des élections municipales.



Jean-Pierre Lecoq respire. Ayant fait appel il y a 8 mois de la décision du tribunal correctionnel où il a perdu contre Vaea Devatine, directrice de publication de Paris Tribune, son avocat demande et obtient le renvoi de l'audience publique à plus tard.



L'avocat de Paris Tribune, Maître Gérard Ducrey demande où est Jean-Pierre Lecoq en ce 12 février 2014. Celui-ci est absent de la salle d'audience lorsque la Cour appelle l'affaire. L’avocat qui a plaidé pour lui devant le tribunal est retenu à plusieurs centaines de kilomètres de là, au Palais de Justice de Marseille. Alors, Jean-Pierre Lecoq, l’élu local très occupé, ne se déplace pas devant ses juges.

Jean-Pierre Lecoq a interjeté appel quelques heures après la décision de la 17e chambre du tribunal correctionnel du 4 juin 2013 où il a perdu contre Vaea Devatine, directrice de publication de Paris Tribune. A l'appel de Jean-Pierre Lecoq du 5 juin 2014, Vaea Devatine a répondu par un appel incident quelques jours plus tard pour dénoncer l'action infondée et abusive, selon elle, du maire du 6e arrondissement.

Maître Alexis Gublin, avocat rémunéré par la Ville de Paris pour défendre Jean-Pierre Lecoq, lequel en tant qu'élu n’a pas déboursé un centime d'euro pour attaquer dès 2010, demande le renvoi de l'affaire : il est absent de la capitale le même jour. Une avocate plus jeune est déléguée sur place avec, à la main, un pouvoir de 3 lignes et demie signé de la main de Jean-Pierre Lecoq sur un papier à en-tête de la mairie du 6e arrondissement, mandat exclusivement pour le renvoi. Jean-Pierre Lecoq, le plaignant, le demandeur en Justice, souhaite que l’affaire qu’il a lancé soit retardée. Il est vrai qu’une audience publique avant les municipales peut avoir une résonance au delà de la Seine. Des rives du 1er arrondissement de Paris qui bordent le Palais de Justice, un écho enjamberait facilement le fleuve jusqu’à celles du 6e arrondissement pour couvrir ensuite les 4 quartiers Monnaie, Saint-Germain-des-Prés, Odéon et Notre-Dame-des-Champs et les 6 conseils de quartier. De là à imaginer que les mots devant la Cour moissonnent des voix côté jardin, que ce soit au Luxembourg ou à l’Observatoire, c’est en tout cas un risque électoral dont tout élu à horreur.

Maître Gérard Ducrey, avocat de la défense, entrant dans la salle d'audience de la Cour d'Appel de Paris le 12 février 2014 - Photo : VD.
Maître Gérard Ducrey, avocat de la défense, entrant dans la salle d'audience de la Cour d'Appel de Paris le 12 février 2014 - Photo : VD.
Dans sa demande de renvoi adressée à la Cour, Maître Alexis Gublin argumente en rappelant qu'il a perdu en 1ere instance car le Parquet n'ayant pas fait appel, il n'y a plus d'affaire pénale. Son client Jean-Pierre Lecoq fait appel sur les intérêts civils, c'est-à-dire pour faire payer Vaea Devatine. Selon lui, il n'y aurait pas lieu de plaider au jour convenu et il demande le renvoi.

Maître Gérard Ducrey expose qu’il ne doute pas de la loyauté de son confrère, avocat de la partie adverse. "Oui, acquiesce la Présidente, (même si) il n'y a pas de preuves". Maître Gérard Ducrey relève en revanche que le cabinet de Maître Alexis Gublin a l'habitude des affaires de presse et que ses collaborateurs sont expérimentés. "Le pouvoir judiciaire ne peut être placé sous influence de la politique municipale" explique-t-il, "il (Jean-Pierre Lecoq) aurait pu se faire représenter !" Madame la présidente de la Cour d'Appel acquiesce et indique qu'elle a bien rappelé à Maître Alexis Gublin qu'un confrère peut plaider à sa place : "Je lui ai dit qu'il pouvait se faire remplacer". La salle sent la jeune avocate du cabinet Delecroix Gublin être sur le point de défaillir.

La date de l'audience en appel est connue depuis plus de 5 mois et aucune demande de renvoi n'a été formulée avant le 10 février 2014, soit 2 jours avant l'audience. Sans une affaire retenue par le Parquet de Marseille le même jour, Maître Alexis Gublin serait prêt. Pourtant aucune conclusion n'a été envoyée ni à la Cour ni à la partie adverse qui elle a régularisé et communiqué ses conclusions plusieurs jours à l'avance.

- "Je ne mets pas en doute la loyauté de mon confrère mais cela sert Monsieur Lecoq qui en retire un gain politique" explique Maître Gérard Ducrey à la Cour "(...) Il y a aussi une affaire en parallèle de menaces de mort".
- "C'est une atteinte au secret de l'instruction" s’exclame l'avocate du cabinet Delecroix Gublin.
- "Non, rétorque Maître Gérard Ducrey, l'arrêt de la Cour de Cassation a été versé dans l'offre de preuve en 1ere instance".

L'Avocat Général laisse la Cour apprécier. Maître Alexis Gublin absent voulant plaider lui-même, Jean-Pierre Lecoq absent, Maître Gérard Ducrey et sa cliente Vaea Devatine, directrice de publication de Paris Tribune, acceptent la demande de renvoi. "Je ne suis pas moins loyal que mon confrère" résume-t-il.

La Présidente relève que puisque l’affaire est renvoyée, Vaea Devatine s’est déplacée pour rien. "C'est tout-à-fait normal" répond celle-ci à la Cour.

La date de plaidoirie, en audience publique, devant la Cour d’Appel de Paris, chambre 2 pôle 7, est fixée au 11 septembre 2014 à 13 heures 30 et deux heures de débats sont prévues.

L'avocate du cabinet Delecroix Gublin vient saluer la directrice de publication de Paris Tribune en partant. La porte en bois et en cuir de la salle d'audience, en se refermant sur la sortie de l'avocate de Jean-Pierre Lecoq, bruisse, imitant un "ouf" de soulagement.


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