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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



02/03/2017 - 15:05
        

Libye : un vrai faux cessez-le-feu à Tripoli ?

Quel résultat pour le cessez-le-feu ?



La Libye, pays déchiré, désuni, éreinté depuis 2011, ne cesse de vivre un véritable cauchemar. Des affrontements dans la capitale libyenne sont suspendus depuis le 25 février 2017 entre des islamistes pro-Al Qaida venus de Misrata, en attaque, et des salafistes anti-Al Qaida à Tripoli, en défense. Paris Tribune s’est intéressé à ce qu'il se passe pendant le cessez-le-feu.



Salafistes contre Frères Musulmans et Etat Islamique


Bombardements du quartier de Abou Slim par les islamistes à Tripoli en Libye les 23 et 24 février 2017 © DR.
Bombardements du quartier de Abou Slim par les islamistes à Tripoli en Libye les 23 et 24 février 2017 © DR.
L’enfer a repris pour les habitants des quartiers de Tripoli en Libye. Pendant deux jours, les jeudi 23 et vendredi 24 février 2017, des familles entières se sont retrouvées une nouvelle fois au coeur de la tourmente, au milieu d’une guerre qui les touche et les meurtrit.

Avec une intention évidente de bien faire, le gouvernement d’union nationale libyen (GNA) annonce le samedi 25 février 2017 avoir obtenu un cessez-le-feu entre les forces basées à Tripoli, contre les Frères Musulmans et Daesh - Etat Islamique, et les forces venues de Misrata, soutenues par Daesh - Etat Islamique pour attaquer Tripoli. Mais l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions et le résultat risque d’être catastrophique pour la paix et la sécurité dans le pays et dans la région.

Le général Khalifa Haftar, commandant en chef de l'Armée nationale libyenne depuis 2015, n’est pas au bout de ses peines. Basé dans l’Est du pays, soutenu par la France et la Russie, il n'appuierait personne et resterait en-dehors de ce nouveau conflit. Pourtant, il fait partie des cibles des extrémistes. Le général Haftar est en effet soutenu par d’anciens soldats de Kadhafi, la fameuse élite Libyenne « Eliwa 32 » qui n'ont pas tous été éliminés pendant la Révolution.

Premier groupe anti-Daesh

Tripoli est défendue par les hommes anti Daesh emmenés par trois chefs de milice, tous salafistes engagés contre les membres du groupe État islamique (EI) qu’ils tentent de chasser de la capitale. Ils contrôlent notamment des prisons privées à Tripoli où sont retenus des membres affidés à Al Qaida en Libye et Daesh Etat Islamique.

Gnawa El Kekely, un ancien dealer, est l’un d’entre eux. Il défend le quartier de Abou Slim. Ce quartier s’était fait tristement connaître fin août 2011 lorsque des rebelles Libyens traquaient les fonctionnaires loyalistes (soutenant Kadhafi) et leurs familles pour les éliminer, dans le silence le plus assourdissant du Conseil national de transition (CNT) et de la communauté internationale.

Haitham (Haytham) al Tajouri est lui un ancien policier dans le quartier résidentiel de Tajoura. Il a plusieurs fois été pris pour cible et déclaré « abattu ». Capturé en 2013 par la milice de Zintan, pourtant du même bord anti-Al Qaida que lui, il a été relâché au bout d’une nuit « suite à un malentendu ».

Abderraouf Kara est également un ancien policier défendant l’aéroport de Metiga à Tripoli. Mitiga avait déjà été brûlée en 2014 par des milices extrémistes de Misrata.

Deuxième groupe pro-Daesh


Parc de voitures brûlées par des Islamistes à Tripoli en Libye les 23 et 24 février 2017 © DR.
Parc de voitures brûlées par des Islamistes à Tripoli en Libye les 23 et 24 février 2017 © DR.
Face à ces trois hommes et leurs troupes, se dressent les soutiens de Daesh - Etat Islamique. 

La milice de Khaled al-Gouil, ex-Premier ministre du Gouvernement de salut national, fait partie de ce second groupe. Elle est composée d’hommes de main Libyens et d’autres venus d’Egypte, du Soudan, de Tunisie, d’Algérie et du Maroc.

Parmi les Libyens se trouvent Salah Badi, ancien militaire limogé sous Kadhafi ainsi que Khaled el Sherif al Qaida et Abdelhakim Belhadj, tous deux aguerris en Afghanistan auprès d’un certain Ben Laden.

Ils contrôlent notamment des prisons d’Etat comme celle de Hathba à Tripoli où sont retenus d’anciens membres du régime de Kadhafi, dont les condamnés à mort Al Baghdadi Al Mahmoudi, ancien Premier ministre de Kadhafi de 2006 à 2011, Abdallah Senoussi, militaire et ancien chef des services de renseignements par ailleurs beau-frère de Kadhafi, et Saadi Kadhafi, homme d’affaires et fils de Kadhafi.
 
Les membres de ce deuxième groupe ont été désignés par le gouvernement libyen comme les responsables des bombardements et des tirs de roquette à Tripoli les 23 et 24 février 2017, pour libérer les prisonniers réputés dangereux détenus dans des prisons privées défendus par les hommes du premier groupe. L’opération a échoué.
 
Le cessez-le-feu obtenu en un temps record permet de comprendre que les combattants des deux bords se trouvaient à court de munitions et qu’une livraison d’armes serait en préparation en provenance de Serbie. Les milices pro-daesh de Khaled al-Gouil avec Salah Badi, Khaled el Sherif al Qaida et Abdelhakim Belhadj se seraient ainsi retirées de Tripoli… momentanément.

A qui profite le cessez-le-feu ?

Si cela s’avère exact, le cessez-le-feu offrira de faibles chances à ceux qui, plein de bonne volonté, prônent « le calme, le dialogue et la protection des civils », depuis l’émissaire des Nations Unies pour la Libye Martin Kobler, au chef du gouvernement d’union nationale, Fayez el-Sarraj, en passant par le Président du Haut Conseil d’Etat Libyen Abderrahman Souihl, et le président de l’Assemblée des Représentants du Peuple (APR) Mohamed Ennaceur.

Dans ces conditions, si la suspension des combats permet de donner du temps aux extrémistes pour se renforcer et préparer de nouveaux affrontements à Tripoli grâce à une livraison à venir d’armes et de munitions par bateau et par avion, le cessez-le-feu risque bien d’aboutir au contraire du résultat espéré. 




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