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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



05/07/2015 - 14:32
La rédaction avec la participation d'Ariane Cairoli
        

Malgré les critiques, les Pierrots de la nuit sont toujours de la partie

Débat sur le projet "Les Pierrots de la nuit" de l’Association de Médiation pour un Usage Optimal de la Nuit (AMUON)



Créés en 2010 et lancés en 2012, les Pierrots de la Nuit, censés réduire les nuisances sonores de nuit, sont aujourd’hui largement critiqués par l'opposition municipale.



Un bar ferme à minuit rue de la Butte aux Cailles dans le 13e arrondissement © VD.
Un bar ferme à minuit rue de la Butte aux Cailles dans le 13e arrondissement © VD.
La vie nocturne parisienne pose des problèmes d’entente entre les riverains et les propriétaires d’établissements de nuit depuis des dizaines d’années. Pour remédier à ces conflits persistants, le maire précédent Bertrand Delanoë avait, lors de son mandat en 2010, lancé les « Etats généraux de la nuit ». Assemblée durant laquelle riverains et commerçants devaient trouver des solutions pour améliorer le vivre ensemble. A l’issue de cette assemblée, certaines actions avaient été adoptées comme la mise en place des Pierrots de la Nuit.

Ce projet mis en oeuvre par l’AMUON (Association de Médiation pour un Usage Optimal de la Nuit) a pour but d’inviter les fêtards parisiens à baisser le volume sonore lorsqu’ils évoluent dans la ville. Pour ce faire, plusieurs groupes comprenant un médiateur et deux artistes-mimes parcourent les quartiers animés de la capitale pour aller à la rencontre des chefs d’établissements de nuit et de leurs clients. Le projet de délibération de l'Hôtel de Ville "2015 DDCT 66" visant à octroyer à l'association une nouvelle subvention de 70.000 euros, avant le vote prévu au mois de septembre pour une subvention supplémentaire, relate qu'en 2014, l'AMUON a accompagné "784 établissements afin de soutenir leurs stratégies de réduction des nuisances sonores" et que les Pierrot de la Nuit ont effectué "15 parcours" entre "30 et 60 lieux concernés" dans "9 arrondissements" au cours de "104 soirées entre 22h et 3h" pour "200 à 400 personnes sensibilisées".

Des bars ouverts après minuit rue de la Butte aux Cailles © VD.
Des bars ouverts après minuit rue de la Butte aux Cailles © VD.

Un coût élevé et un manque de transparence du budget

Présentée comme une opération de médiation à la fois artistique et sociale, l’expérience Les Pierrots de la Nuit ont déjà coûté 400.000 euros à la ville de Paris depuis son lancement officiel en mars 2012 et n’a jamais prouvé son efficacité. Elle est extrêmement décriée par les riverains, les associations comme le réseau « Vivre Paris ! », et les membres de l’opposition.
 
Anne Penneau, membre de « Vivre Paris ! » nous explique pourquoi le réseau a pris la décision de quitter son poste d’observateur au conseil de l’AMUON et explique sa grogne vis à vis des Pierrots de la Nuit :
 
« Nous sommes tombés en désaccord profond sur le fait que
cette association perçoit chaque année des subventions
et prétend remplir la mission qui lui est confiée par le biais d’une simple auto-évaluation »

 
Pourtant, un audit a bien été réalisé les semaines précédant le vote d'une nouvelle subvention de 70.000 € au conseil de Paris le 1er juillet 2015. Malgré les demandes persistantes d'Anne Penneau, les résultats n’ont toujours pas été communiqués. Une situation qui a achevé d’excéder les membres du réseau « Vivre Paris ! » :
 
« Comment expliquer que l’argent du contribuable soit dépensé pour reconduire une expérimentation dont on ignore les résultats ? On pourrait pourtant avoir le rapport d’évaluation 
et ce n’est pas faute d’avoir relancé M. Hocquard [conseiller de Paris délégué à la nuit, NDLR], 
mais nous n’avons eu aucune réponse de sa part. C’est un vice de méthode important : 
ainsi le conseil de Paris vote sans prendre connaissance des documents qui sont à leur disposition ? »
 

Des élus dubitatifs à propos des Pierrots de la Nuit

La première à avoir exprimé son mécontentement est Fadila Mehal (Modem), élue du 18e arrondissement et membre du groupe UDI-Modem au conseil de Paris. Après avoir dénoncé l’absence d’efficacité des Pierrots de la Nuit, elle critique le manque de transparence de la Mairie centrale par rapport au financement de l’association :
« Tout d'abord permettez moi d'être surprise de ne pas avoir trouvé comme nous l'avons habituellement le bilan prévisionnel de cette association ni la composition de son conseil d'administration. Vous affirmez que la subvention donnée par la ville aux Pierrots est minoritaire par rapport au budget de fonctionnement des associations. Nous aimerions vous croire mais vous reconnaîtrez qu'en termes de transparence l'absence de tels documents est préjudiciable. D'autant plus que nous savons que les acteurs privés participent financièrement telle la fondation Kronenbourg ou des gérants d'établissements nocturnes… C'est quand même un bien curieux mélange des genres. En second lieu, nous souhaitons que l'attribution du complément de la subvention soit conditionnée aux résultats objectifs de l'étude et non pas à une interprétation opportune. »
Fadila Mehal, conseillère de Paris du 18e arrondissement, au conseil de Paris le 1er juillet 2015.
 
 Une idée partagée par Alexandre Vesperini (LR, ex-UMP) qui dénonce l’absurdité du processus :
« Les Pierrots de la nuit, il faut quand même savoir ce que c'est : ce sont des mines qui circulent pour expliquer aux gens d'évoluer dans leurs comportements qui sont pas forcément irrespectueux ou qui ne contreviennent pas forcément à la réglementation, mais qui sont inappropriées. Bon, moi, je suis désolé mais à ces gens là, ce ne sont pas des clowns ou des mines qu'il faut leur envoyer. Il faut envoyer tout simplement plus de moyens de police. »
Alexandre Vesperini, conseiller de Paris du 6e arrondissement, au conseil de Paris le 1er juillet 2015.
L’élu du 6e arrondissement dénonce également le manque de moyens dédiés à la vie nocturne parisienne :
« Nous n'avons pas à Paris suffisamment de scènes dédiées aux musiques actuelles. Souvent dans Paris, un certain nombre d'établissements ont dû fermer parce que les riverains se sont plaints et aussi, parfois à juste titre, du fait qu’à un moment donné, passé un certain gabarit, ce ne sont plus des bars de nuit, ce ne sont plus des caves, ce sont de grandes scènes. Et les gens qui viennent de toute l'Europe aujourd'hui pour faire la fête, les très jeunes qui viennent écouter des musiques actuelles, qui viennent écouter de l'électro, ils ont besoin de grands espaces. Je crois aussi que la politique de la nuit ne peut plus être vue à Paris intra-muros mais à Paris au niveau de sa petite couronne. Il faudrait que dans le Grand Paris futur l’on parle de cette politique de la nuit et de cet acheminement là. »
 
Une remarque qui ne fait pas réagir l’Adjoint de la Maire de Paris alors qu’Anne Hidalgo encourage le développement de la scène électronique parisienne comme en attestent des communiqués de l'Hôtel de ville et des courriers de félicitations envoyés par la Maire de Paris aux clubs de Paris.

A noter que les Pierrots de la Nuit est le seul dispositif proposé par la Mairie de Paris pour endiguer le problème des nuisances sonores. L’exécutif municipal croit ainsi avoir trouvé le moyen de se prémunir contre les critiques des riverains face à la demande grandissante d’organisations de soirées électroniques, mais il semblerait qu’il ait échoué dans son objectif, non sans avoir dépensé des centaines de milliers d’euros dans une entreprise qui semble briller par son inefficacité.

Une efficacité non-prouvée

Face aux critiques, Solène Klappe-Corsas, administratrice des Pierrots de la Nuit, cherche à calmer les esprits : 
 
« Les délations faites par rapport au budget sont injustifiées. Le montant qui nous est alloué est dédié à 80% pour la masse salariale qui est composée de 8 personnes fixes et actuellement 34 intermittents. 
Et n’oublions pas que 50% de notre budget est fourni par des mécènes ou des sociétés 
(EDF, Fondation de France par exemple). »

Concernant l’efficacité des Pierrots de la nuit, l’administratrice de l’association assure qu’elle est d’utilité publique :
« Nous sommes un véritable outil pour les villes, nous participons à la politique de Paris 
et nous sommes très actifs dans les groupes de travail du Conseil de la Nuit ».

Des paroles qui seront prouvées – ou non – lorsque l’étude sera (enfin) rendue publique.
A propos de l’enquête qui a été réalisée au sein même de l’association, Solène Klappe-Corsas assure ne pas en savoir plus.

70.000 € reconductibles

Les groupes UMP et UDI-Modem font le choix de l’abstention ce mercredi 1 juillet 2015. Un premier versement de subvention de 70.000 € au titre de l'année 2015, afin d'aider l'AMUON et les Pierrots de la nuit "à poursuivre et à développer les actions de professionnalisation des exploitants dans les quartiers festifs et de médiation" est adopté par la majorité municipale et il sera reconduit "en fonction des résultats de la prestation et des propositions d’AMUON" lors d'un deuxième versement qui "pourra être étudié et délibéré au prochain Conseil de Paris" avec la conclusion "d'une nouvelle convention annuelle d’objectifs". Les membres de « Vivre Paris ! » ne cesseront pas de dénoncer l’inefficacité de cette opération et de réclamer d'autres moyens utiles et efficaces pour enrayer le problème du bruit dans les rues de Paris la nuit.

 

2015_ddct_66.pdf 2015 DDCT 66.pdf  (88.1 Ko)





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