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Cet article cite : 7e arrondissement, été solidaire
20/07/2009 - 17:07
Marie Haddad
        

Septième révolté ! Mais septième engagé ?

Septième Tribune



Le long-métrage "Ezra" (produit en 2007) du réalisateur nigérian Newton Aduaka était projeté le vendredi 17 juillet, à la Maison des associations du VIIe. L’occasion pour des membres d’Amnesty International, dans le cadre de l’été solidaire, de sensibiliser à la question intercontinentale des enfants-soldats.



Septième révolté ! Mais septième engagé ?

Œdipe noir

Ezra relate l’enfance volée d’un petit garçon enrôlé de force pour servir une des deux armées de son pays, la Sierra Léone, déchiré par la guerre civile. Devenu adolescent, en partie amnésique car traumatisé, il est amené à revenir sur sa vie d’enfant-soldat devant la Commission Vérité et Réconciliation instaurée par l’ONU. L’image d’une précision presque documentaire alimente les témoignages décousus des protagonistes. Le processus collectif purgatoire est cependant entravé par le déni de la part d’Ezra de reconnaître ses actes. Le tourment du jeune homme est quasi œdipien : il commet le double meurtre de ses parents alors qu’il est dans un état second, ayant été régulièrement drogué par ses supérieurs. Par la suite, alors qu’il est au commandement de son unité, comme roi, il cherche en vain à faire la lumière sur la mort des siens. Ce n’est que plus tard, au tribunal et de la bouche de sa sœur, que ses crimes lui sont révélés, publiquement. Si le coupable, avant tout victime, ne se crève pas les yeux face à l’horreur comme dans le mythe grec, la vérité est pourtant aveuglante. Ezra refuse de voir les choses en face en occultant ses souvenirs ; tandis que la langue de sa sœur est arrachée pour faire taire ses cris. Les mots semblent parfois impuissants face à l’indicible.
Septième révolté ! Mais septième engagé ?

Amnésie internationale

Durant la projection du film, les scènes violentes de réalisme font porter la main à la bouche de certains spectateurs. Une fois les lumières rallumées, une première moitié du public quitte la salle à la hâte, avant l’intervention d’un représentant d’Amnesty International. Un point historique est fait sur les enfants-soldats de par le monde et à travers l’évolution de la législation. L’existence de textes sur la question n’enrayant pas significativement le phénomène, Amnesty International sensibilise la population à travers des actions telles que la projection de ce film, afin d’enrayer le déni de cette tragédie contemporaine.

L’intervention terminée, il reste moins de dix personnes. Le public concerné est essentiellement féminin, quinquagénaires en majorité. Une première femme nous explique émue qu’elle se sent concernée dans la mesure où « ce qui se passe est horrible », « la guerre … forcer des enfants contre leur gré, se servir de leur naïveté ». Cette donatrice régulière d’Amnesty International pense qu’« on n’entend pas assez parler de ces questions-là ». Avant tout concernée en tant qu’être humain, c’est ensuite en tant que mère qu’elle se positionne. Elle évoque ses deux fils de 18 et 14 ans à qui elle n’aurait pas souhaité qu’il arrive la même chose qu’au jeune Ezra. Bianca quant à elle considère qu’ « un enfant est quelque chose en développement auquel on ne doit pas toucher » car « c’est l’innocence même ». Consciente aujourd’hui d’avoir eut une enfance heureuse, elle a du mal à concevoir le fait « qu’on puisse enlever des gosses pour les conditionner » et qu’ils deviennent « des victimes qui n’ont pas la capacité de réflexion ». « Pour ces enfants la guerre est d’abord un jeu avant de devenir un jeu diabolique » ajoute-t-elle en pointant la responsabilité des adultes. Fervente chrétienne, elle s’indigne contre ceux « qui ne veulent rien voir et rien entendre ».



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