À compter du 1er septembre 2026, la facturation électronique franchit une nouvelle étape en France. Pour les entreprises assujetties à la TVA, cette transition numérique entraîne de nouvelles obligations. Si certains acteurs économiques y voient une modernisation nécessaire, d’autres, notamment parmi les petites entreprises familiales, redoutent une complexité supplémentaire susceptible de peser lourdement sur leur activité.
La facturation électronique devient une réalité pour les entreprises
À partir du mardi 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques.
Dans le même temps, les grandes entreprises (GE) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont soumises à l’obligation d’émettre leurs factures par voie électronique.
Cette réforme marque une transformation importante des pratiques administratives des entreprises françaises. Mais son application suscite encore des interrogations, en particulier chez les professionnels peu habitués aux outils numériques ou disposant de moyens techniques limités.
À Segonzac, la réforme fait hésiter un restaurant familial
À Segonzac, en Charente, Marie-Odile et Philippe Chacun, propriétaires du restaurant familial La Cagouillarde, font partie des professionnels préoccupés par cette transition.
Pour Marie-Odile Chacun, qui aura 79 ans en novembre, l’arrivée de la facturation électronique a même fait envisager la fermeture de l’établissement.
Sans les encouragements de clients fidèles, elle aurait pu décider de baisser définitivement le rideau dès le 1er septembre.
« À mon âge, 79 ans en novembre, la facturation électronique est la réforme de trop. Je me suis adaptée à tout jusque-là, mais quand je vois que, souvent le week-end, mon simple terminal de paiement fait des siennes, je redoute les failles de ce système », explique-t-elle.
Son inquiétude porte notamment sur la fiabilité des équipements et des solutions numériques nécessaires au fonctionnement quotidien d’une petite entreprise.
Une expérimentation de trois mois avant de décider
Malgré ses réserves, la restauratrice a finalement accepté de tester une solution proposée par sa banque.
L’outil doit être mis gratuitement à sa disposition pendant trois mois, ce qui lui permettra d’évaluer concrètement son fonctionnement avant de prendre une décision sur la suite.
« Ma banque me propose un outil mis à disposition gratuitement pendant trois mois. On verra à l’issue de l’essai », prévient-elle.
Cette période d’expérimentation pourrait permettre au restaurant de mesurer les conséquences pratiques de la réforme sans engager immédiatement des dépenses supplémentaires.
Des entrepreneurs encore réticents face à la transition numérique
Le cas de La Cagouillarde illustre les difficultés que peut représenter une nouvelle obligation numérique pour certains dirigeants de petites entreprises.
Les professionnels doivent non seulement comprendre les nouvelles règles, mais également s’assurer que leurs logiciels, leurs équipements et leurs procédures administratives sont compatibles avec le dispositif.
Pour les structures disposant de services comptables ou informatiques spécialisés, cette adaptation peut être plus facilement absorbée. Pour les commerces indépendants, restaurants familiaux et très petites entreprises, la transition peut en revanche apparaître plus complexe.
Des éditeurs de logiciels veulent accompagner les entreprises
Face à ces préoccupations, des entreprises spécialisées dans les solutions numériques cherchent à simplifier le passage à la facturation électronique.
C’est notamment le cas de Sellsy, entreprise basée à La Rochelle, qui développe des outils de gestion destinés aux professionnels et entend accompagner cette évolution technologique.
L’enjeu pour les fournisseurs de solutions sera de proposer des systèmes suffisamment simples et fiables pour être adoptés aussi bien par les grandes sociétés que par les petites structures moins familiarisées avec la transformation numérique.
Une réforme qui dépasse la simple question technique
La généralisation de la facturation électronique constitue une étape importante dans la numérisation des échanges commerciaux en France. Mais son déploiement met également en lumière les différences de moyens et de maîtrise technologique entre les entreprises.
À Segonzac, Marie-Odile Chacun a finalement choisi de tenter l’expérience plutôt que de fermer immédiatement son restaurant. Les trois prochains mois devraient lui permettre de déterminer si la facturation électronique peut s’intégrer au fonctionnement quotidien de La Cagouillarde ou si cette nouvelle obligation représente, pour elle, une transition trop difficile à supporter.

Alexandre Dumas est rédacteur pour Paris Tribune. Il suit l’actualité nationale et internationale, ainsi que les sujets liés à l’économie, aux entreprises, à la technologie et à la société. Il s’attache à fournir une information claire, fiable et utile, en mettant en perspective les événements qui comptent pour les lecteurs.
