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22/02/2013 - 08:30
Coralie Valeriau
        

Auteurs : les conseils de professionnels pour être publiés

Texte participatif déposé par Coralie Valeriau.



646. C'est le nombre de romans, français (426) et étrangers (220), parus entre août et octobre 2012 pour le rendez-vous annuel de la Rentrée Littéraire. Parmi eux, des valeurs sûres, des futurs lauréats de prix littéraires prestigieux, des essais... et de parfaits inconnus, avec des premiers romans.



Ces chiffres témoignent d'une culture en mouvement permanent : de 121 romans en 2004, nous sommes passés à plus de 600 l'année dernière. Mais, dans cette jungle de chiffres où beaucoup d'écrivains passent inaperçus, quel est le parcours que peuvent suivre les auteurs, et qu'en pensent les écrivains référents ?

Être publié : un parcours du combattant

Ecrire et être édité - pas seulement "publié" - pourraient presque être considérés comme deux métiers totalement différents tant ces mondes sont éloignés. L'achèvement d'un manuscrit n'est que le début d'une longue épopée à l'issue souvent incertaine. L'aspect "conseil aux jeunes auteurs" s'avère être assez intéressant pour ne pas dire lucratif dans l'univers de l'édition, au vu des sites et agences de conseils et de prise en charge des auteurs qui se généralisent. Le concept existe déjà aux Etats-Unis, par l'intermédiaire de sites, souvent animés par des anciens agents, critiques littéraires ou auteurs. En témoigne le succès du récent Litreactor, site américain qui se positionne entre conseils de publications et ateliers d'écritures, proposés par des écrivains à succès.

En France, le paysage oscille entre les sites qui proposent des conseils génériques et des prestations payantes, souvent fournies par les sites d'information littéraire générale (Envie d'Ecrire), ou encore les sites spécialisés dans l'édition et les étapes vers la publication comme l'Oie Plate. D'autres, comme Les Nouveaux Talents, proposent des informations ciblées, destinées aux auteurs de demain. D'autres encore, comme We Love Words, contournent les rouages du système traditionnel en organisant des concours dont les lauréats sont publiés chez des "Grands".

Derrière la motivation financière de certains sites, apparaît une volonté de démystifier l'univers de l'édition où les rumeurs sont légion : "Les manuscrits sont tirés au sort, les manuscrits ne sont pas lus, il faut connaître quelqu'un chez untel pour être lu, il faut être ami avec tel auteur ou tel éditeur"...."Tout "jeune" auteur à la recherche d'un éditeur a forcément entendu ces allégations, souvent relayées par des personnes qui n'ont jamais été publiées autrement qu'en auto-édition.

Il est sans doute bon de rappeler qu'en France, une maison d'édition reçoit en moyenne 1 300 manuscrits par an. Les chiffres peuvent aller d'une centaine pour les petits éditeurs spécialisés à 8 000 pour les plus importants et les plus diversifiés. 1 000 premiers romans tournent en permanence sur les bureaux des maisons d'édition. Quand on sait qu'il faut compter autour de 98% de rejet... la tâche s'annonce presque perdue d'avance. Pourtant, Ronald Blunden, directeur de la communication du groupe Hachette-Livres, dispense quelques conseils sur le site Les Nouveaux Talents, destinés à rassurer les futurs auteurs. Il insiste sur le fait que tous les manuscrits sont lus, et même, pour les "petites" maisons comme L'Olivier ou Stock, les manuscrits sont lus par les directeurs eux-mêmes qui consacrent à cette tâche près de deux heures par jour. Leur fonction, comme l'explique Ronald Blunden : "séparer le bon grain de l’ivraie, c`est-à-dire les textes maîtrisés, au style naturel et original, du galimatias, du tissu de clichés, du délire paranoïaque (plus fréquent qu’on ne croit !) ou tout simplement du texte plat et sans aspérités. A ce stade du premier tri, le critère qui fait la différence est en effet l’écriture et pas le sujet ou la trame narrative."

L'ancien lecteur de manuscrits est sans concession : la différence tient à un élément nommé talent de plume. Un éditeur est avant tout là pour promouvoir de nouveaux noms, de nouveaux talents. Un éditeur a pour objectif de valoriser la diversité du paysage culturel français. Sinon qu'adviendrait-il de l'édition ? L'auto-édition, en pleine explosion depuis la popularisation du numérique, remplacera-t-elle vraiment le rôle de trait d'union entre les textes et leurs publics, tenu par de grands noms de l'édition Française comme Hachette, Gallimard ou La Martinière ? On oublierait presque qu'il existe une rigueur et une perspicacité inhérentes à la fonction de référent culturel, incarnée par un éditeur professionnel.

Les mots des auteurs

Qui, dans le paysage littéraire, est mieux placé qu'un auteur pour parler de son parcours ? Qu'ils soient français, américains, du XIXe, du XXe siècle ou contemporains, tous s'accordent sur la nécessité de travailler, et surtout de persévérer. Cette curiosité à l'égard des écrivains reconnus ne date pas d'hier. Lamartine, Proust ou Knut Hamsun dispensaient déjà des sortes de cours sur l'écriture et la littérature, remettant en question les modèles établis ou amenant le lecteur (souvent écrivain d'aspiration) à s'interroger sur sa propre méthode de travail.

Il faut reconnaître, d'une certaine manière, que bien peu d'écrivains ne se sont pas penchés sur les mécanismes de l'écriture, quel que soit leur domaine de prédilection. Wilde, Miller, Proust, Lovecraft, ou plus récemment Stephen King, les écrivains se plaisent à distiller leurs connaissances, et à offrir leur expérience à ceux qui les lisent, et souhaitent ainsi, un jour, pouvoir les égaler en talent. Depuis quelques années, "Ecriture : Mémoires d'un métier" de Stephen King - paru en 2000 chez Albin Michel -, trône en bonne place parmi les guides de travail : peu d'écrivains se sont donné la peine de dispenser autant de conseils efficaces et concis, de méthodes et de jalons à poser sur un manuscrit.

En France, de plus en plus d'écrivains répondent volontiers à ces questions, et n'hésitent pas à encourager les "jeunes" auteurs à persévérer. Interrogée lors d'une signature, Ann Scott, publiée chez Stock, et arrivée dans l'écriture un peu par hasard avant d'y prendre goût, déclarait: "Il ne faut jamais se décourager. Si on a confiance en soi, il faut persévérer. Frapper aux portes et défendre son projet, y croire !" Nina Bouraoui, prix Renaudot 2005 et également publiée chez Stock, rappelle l'importance de rester fidèle à soi-même, de travailler (toujours plus !) et de rechercher une maison d'édition et un éditeur qui ressemblent à son écriture (Jean-Marc Roberts, dans son cas), puis de ne surtout plus les quitter.

L'éditeur et l'écrivain s'avèrent être les deux versants de la culture littéraire en exercice. L'auteur est un artisan de la création, l'éditeur est un extracteur de sens. Qui de mieux placé que les chevilles ouvrières de la littérature elles-mêmes, pour nous prémunir de nos propres travers? Si par ailleurs, vous vous impatientez de ne pas avoir encore reçu de réponse des maisons d'édition, ne paniquez pas. C'est peut-être que votre manuscrit soulève les passions! Au sein des comités de lecture parfois, avoue Ronald Blunden, "les affrontements, pour être feutrés, n’en sont pas moins parfois sanglants, et nourrissent la légende de Saint-Germain-des-Prés. Les délais s’en trouvent rallongés d’autant". Ne gardez donc à l'esprit que ces grands mots d'ordre: patience, confiance et persévérance !

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