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27/05/2012 - 18:54
        

Curiosa : vente d’objets d’art érotique à Bruxelles

Ventes aux enchères d'art érotique : un commissaire-priseur parisien s'exile à Bruxelles (Belgique).



Bruxelles, capitale d’un jour de l’érotisme artistique.



Les amateurs et collectionneurs d’art érotique auront l’esprit échauffé par la chaleur belge, par la montée de sève printanière et par la collection d’objets d’art érotique dispersée à partir de 17h le lundi 28 mai 2012, au Forum, 8 rue Bodenbroek, 8A, 1000 Bruxelles.

La vente est organisée par la Société de Ventes volontaires Millon et associés, commissaires-priseurs à Paris qui s’exilent à Bruxelles pour vendre des objets d’art érotique.

En Chine et en Europe, des artistes du XIXème et du XXème siècles ont exercé leur inspiration sur l’érotisme. Seront présentés plus de 350 lots comprenant des photographies, des sculptures, des cannes, des ivoires, des bijoux, des dessins, des huiles et des pastels. Les estimations sont hors frais et les frais en sus du prix d’adjudication s’élèvent à 25,41 %.

Quelques lots retiennent le regard de l’amateur ou la prise en main de la collectionneuse.

Déjà pour l’amateur historien, le lot 67 de Ladislas Bakalowicz (1833-1903), « Prostituées parisiennes ». Ecole polonaise. Paire de pastels signés en bas à droite, vers1880. Encadrés (une vitre cassée dans un angle). Dim. 72 x 28 cm.

Ayant étudié à l'École des Beaux Arts de Varsovie de 1849 à 1854, Ladislas Bakalowicz s'installe à Paris en 1863 et acquiert la citoyenneté française. Son œuvre est principalement orientée, dans un style classique, vers les sujets d'histoire et de la vie parisienne. Il réalisera de rares et saisissants portraits sur les maisons closes.

Estimation pour la paire de pastels : 5 500 à 5 700 euros. Pour ceux qui s’intéressent à ce thème, la lecture de l’œuvre du regretté Alphonse Boudard et de Romi, « L’âge d’or des maisons closes », publié en 1990 chez Albin Michel, s’impose.

Lot 67 de Ladislas Bakalowicz (1833-1903) "Prostituées parisiennes". Estimation pour la paire de pastels : 5 500 à 5 700 € (c) Millon et associés.
Lot 67 de Ladislas Bakalowicz (1833-1903) "Prostituées parisiennes". Estimation pour la paire de pastels : 5 500 à 5 700 € (c) Millon et associés.
Pour l’amateur élégant, le lot 85 : une belle et amusante canne à poignée droite en andouiller de cerf sculpté représentant un postérieur féminin. Fût en jonc de Malacca et férule en corne époque 1900. Longueur 92 cm. Prix d’adjudication probable de 800 à 1 000 euros. Evidemment, cette canne là ne sera pas du goût des féministes mais y en aura-t-il dans la salle ?

Peut-être une féministe justement pour acquérir le lot 98 : une canne à pommeau en ivoire sculpté représentant une main tenant un phallus. Fût en bois de palmier ; férule en fer et longueur de 85 cm. Une féministe à la bourse remplie car l’estimation est de 1 800 à 2 000 euros.

A bien observer l’objet, la main est féminine, les doigts fins et longs, la manchette du corsage en ivoire couvrant le poignet avec ses deux boutons caractérisent aussi que c’est une femme qui se saisit du membre masculin avec une flagrante autorité.

Comme cette main ressemble également à une main de justice dont les doigts seraient repliés, n’est-ce pas plutôt une main d’injustice pour l’exécution d’une sentence prononcée contre ce malheureux pénis, maintenant asservi à la seule volonté de la femme qui l’emprisonne ? Une féministe peut s’en gausser et ce pommeau, un poing levé maîtrisant l’organe viril, peut être brandi lors d’un cortège dénonçant la phallocratie.

Lot 98 : Une canne à pommeau en ivoire sculpté représentant une main tenant un phallus. Fût en bois de palmier ; férule en fer et longueur de 85 cm. Estimation est de 1 800 à 2 000 € (c) Millon et associés.
Lot 98 : Une canne à pommeau en ivoire sculpté représentant une main tenant un phallus. Fût en bois de palmier ; férule en fer et longueur de 85 cm. Estimation est de 1 800 à 2 000 € (c) Millon et associés.
Le lot 147 est un objet d’art étrange venu de Chine et ancien. Il peut se ranger dans une vitrine ou dans un tiroir de meuble de chevet. C’est un rare petit godemichet en ivoire patiné se terminant par une boule, une prise sphérique, cerclée d’argent. D’une longueur de 12,5 cm, il a été créé au XIXème siècle et devrait s’arracher autour de 1 700 à 2 300 euros.

Impossible de passer sous silence le lot 174, sans doute le lot le plus insolite dans cette vente marquée par l’insolite : un phallus en verre soufflé dit 'bousille'.

Objet anglais de la fin du XIXème siècle à base vermiculée et d’une hauteur de 15,5 cm, ce phallus servait très probablement à sécher les préservatifs (ou « redingotes »). Estimé de 300 à 500 euros, il est à portée de nombreuses bourses. Le Musée de l’Erotisme à Paris pourrait être intéressé par cette curiosité.

Signalons encore parmi les lots, la dispersion d’œuvres de Nobuyoshi Araki, d’Irina Ionesco, de Jan Saudek, de Roland Topor, d’Hans Bellmer, de Gaëtan Parente, d’Edith Thiercelin, de Pierre Teulon, des aquarelles érotiques japonaises des années 30 dont une avec pluralité d’ébats amoureux autour d’un homme de pouvoir etc…

Mais au-delà du catalogue, une question se pose : pourquoi la vente est-elle organisée à Bruxelles et non pas à Paris ?

Est-ce la faute à Voltaire ?

Le grand écrivain n’hésitait pas à situer l’édition de ses écrits critiques à l’étranger dans des Etats au nord de la France. Et le lot 175 évoque justement Voltaire : « Voltaire et la tsarine Catherine II ». Bas relief en pierre dure. Fin du XIXème Siècle. Dimension 31,7 x 18 cm. Le sujet érotique estimé de 800 à 1 000 euros, extrapole la relation épistolaire entre Voltaire et Catherine II, qui commence en 1763.

Ces lettres narrent une histoire d’amour platonique qui prend forme de dialogue philosophique. A la veille de la Révolution, grâce au culot de Beaumarchais et malgré les protestations de l’Impératrice, la correspondance entre Voltaire et Catherine II est livrée au public et ne tarde pas de s’amplifier de fausses rumeurs.

Paris n’est-elle plus la capitale de l’art et de la sensualité ? Ou bien des raisons économiques et fiscales invitent-elles à choisir la Belgique ? Ne nous assombrissons pas. La seule question qui vaille est ce lien subtil, suggéré par la vente, entre l’art et les mœurs.
 
Ventes aux enchères d'art érotique : un commissaire-priseur parisien s'exile à Bruxelles (Belgique).





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