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Daniel Vaillant interroge Michel Gaudin sur la baisse des effectifs de policiers

Question d'actualité au conseil de Paris de novembre 2011.


L'ancien Ministre de l'Intérieur pose une question d'actualité au Préfet de Paris sur la baisse des effectifs de police dans la capitale.


Elodie Châtrain et Vaea Devatine.
15/11/2011 - 15:48

        

Le nombre de policiers dans les arrondissements de Paris étant en baisse, le député-maire du 18e arrondissement de Paris Daniel Vaillant pose une question d'actualité au Préfet de police de Paris Michel Gaudin le 14 novembre 2011 au conseil de Paris. Constatant la perte de 130 policiers fidélisés dans le 18e arrondissement, sauf en cas des nécessaires interventions, en cas de manifestations par exemple, il demande la répartition des effectifs fidélisés par arrondissement. Peine perdue.

A question claire, réponse claire : en préambule Michel Gaudin précise que Daniel Vaillant a été son patron, lorsqu'il était Préfet du Gard, et qu'il a pour lui "de l'estime." Les explications s'arrêtent là car dans le cadre de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), il est normal, explique-t-il, que les effectifs diminuent ; qu'au nom de la solidarité avec les autres administrations, comme les hôpitaux et l'éducation nationale, la Préfecture de police de Paris fournit également son quota d'efforts en vue de la réduction des déficits publics. Dans un brouhaha dû aux interventions des élus de droite, du centre, des Verts, des communistes et des socialistes, Michel Gaudin rappelle l'importance du travail des policiers dans la capitale, regrette que la question précise ne lui ait pas été communiquée plus tôt et évoque les communes limitrophes qui vivent elles aussi la baisse des effectifs : pour elles, "Paris est, relativement, trop riche en effectifs." "Paris n’est pas traité de manière défavorable par rapport au reste du territoire" argumente-il, demandant que ce soit "sur une longue période que l’évolution doit s’apprécier" : entre 2000 et 2011, il n'y a pas de baisse significative des effectifs de police à Paris.
Le Maire de Paris Bertrand Delanoë souligne aussitôt que les questions d'actualité ne remettent nullement en cause sa gratitude envers les fonctionnaires de police de Paris, et que les orientations politiques sont données par les chefs.
Michel Gaudin à la droite de Bertrand Delanoe au conseil de Paris - Photo : VD.
Michel Gaudin à la droite de Bertrand Delanoe au conseil de Paris - Photo : VD.

Myriam El Khomri, conseillère du 18e arrondissement et adjointe au Maire chargée de la prévention et de la sécurité est moyennement satisfaite de la réponse du Préfet de police de Paris : "vous avez voulu nous rassurer (...) mais assumez d'abord une baisse des effectifs qui tient de l'inconscience." "Certes le nombre global des effectifs est constant mais au niveau des arrondissements, il y a une très forte baisse (...) et vous n'avez pas répondu sur la répartition entre les différents arrondissements parisiens."

Que pense l'ancien Ministre de l'Intérieur de son ancien préfet ? Interrogé par Paris Tribune, Daniel Vaillant parle d'une "réponse convenue". "Je ne crois pas que les réponses déplairaient au Ministre de l'Intéieur", explique celui qui l'a été de 2000 à 2002. Le député-maire du 18e arrondissement ne comprend pas pourquoi le gouvernement lui interdit de donner les chiffres : "je suis sûr qu'il a soumis ses éléments de réponse au Ministre de l'Intérieur (...) et il se plaint que je n'ai pas donné ma question avant !" expliquant que les réponses statistiques, il a appris à s'en méfier. La question s'adressait au préfet, ce n'était pas une mise en cause de la personne de Michel Gaudin. "Il n'a pas donné la répartition par arrondissement" acte Daniel Vaillant, "il n'est pas normal que les citoyens ne bénéficient pas de leur tranquilité (...) quand il y a des vendeurs à la sauvette, c'est à la police d'agir, quand il y a de la prostitution, c'est à la police aussi d'agir !"
"En 2002, rappelle-t-il, la Préfecture de police de Paris était bien dotée, le chiffre s'est maintenu et maintenant il baisse."
La sécurité à Paris, on n'a pas fini d'en entendre parler. Paris Tribune reviendra sur le sujet.
Véhicule de police suivant une manifestation non déclarée dans le 1er arrondissement de Paris - Photo : VD.
Véhicule de police suivant une manifestation non déclarée dans le 1er arrondissement de Paris - Photo : VD.

Question d’actualité relative à la baisse des effectifs de police dans les arrondissements parisiens

Daniel VAILLANT
Maire du 18e arrondissement

Monsieur le Préfet,

Pour les élus socialistes, radicaux de gauche et apparentés, la sécurité est une valeur essentielle indispensable à l’exercice de la liberté donc de la démocratie. Sécurité et liberté sont indissociables. En période de crise économique et sociale, comme celle que nous traversons il est d’autant plus nécessaire de lutter efficacement et avec discernement contre l’insécurité grandissante. Celle-ci frappe d’abord les habitants des quartiers populaires. Cette lutte ne peut s’envisager que de manière partenariale, dans le cadre du contrat local de sécurité. La Ville de Paris qui finance de manière importante la Préfecture de Police n’a jamais manqué au Préfet de Police, quel qu’il soit, notamment en finançant les ASP en 2011, et en soutenant votre initiative visant à installer la vidéo protection dans la capitale.

Bien sûr, la police ne peut à elle seule assurer la sécurité. La Justice est aussi un acteur essentiel. L’Education, négligée et mal traitée par l’Etat depuis 9 ans devra, à l’avenir, retrouver sa place au premier plan des priorités. L’Education d’aujourd’hui c’est la sécurité de demain.

A Paris les maires d’arrondissement ont aussi un rôle essentiel à assurer comme partenaires de proximité. La Ville de Paris et les maires d’arrondissement jouent, du mieux qu’ils peuvent, leur rôle de coproducteur de sécurité, mais ne peuvent se substituer à l’Etat qui depuis quelques années se montre défaillant.

Malgré l’augmentation constante de la dotation financière de la Ville à la Préfecture de Police, l’engagement de l’Etat n’a pas été tenu. Les effectifs policiers sur le terrain ont très sensiblement diminués.

La fameuse révision des politiques publiques, RGPP, frappe sans discernement et les missions régaliennes de l’Etat sont mises à mal. La Préfecture de Police n’échappe pas à cette politique dangereuse conduite par le gouvernement.

Comment comprendre la baisse des effectifs policiers (moins 3148 policiers et gendarmes cette année) qui, ajouté à celles des années précédentes, porte la saignée à moins 12 500 emplois supprimés à l’initiative de François Fillon qui décidément aime les parisiens et Nicolas Sarkozy qui a oublié ses fonctions de Ministre de l’Intérieur depuis bien longtemps.

A Paris, la baisse est aussi sensible et cachée depuis deux ans. La police d’agglomération a bien eu les effets redoutés sur Paris.

Les effectifs des gardiens de la paix, des gradés et des adjoints de sécurité ont diminué : 399 emplois, au moins, ont été supprimés. S’ajoute à cela le rapport alarmant de la Cour des Comptes sur la gestion des effectifs. Face à cette situation le recours à la réserve civile avec de jeunes retraités de la Police Nationale ne constituera qu’un cache misère.

Aujourd’hui, vous êtes, Monsieur le Préfet de Police, autorisé à livrer enfin les chiffres de la baisse des effectifs parisiens de la Police.

Dans le seul 18e arrondissement, j’évalue la coupe sombre à plus de 100 policiers en moins et pendant ce temps là, l’espace public est détourné de son usage citoyen : prostitution, trafics, sauvette, contrefaçon… privent les habitants du 18ème de leur sécurité, de leur liberté, de leur tranquillité.

La situation est devenue inacceptable.

Ma question sera simple Monsieur le Préfet de Police : Pouvez-vous, au nom du gouvernement, nous dire la vérité sur les chiffres des effectifs policiers, arrondissement par arrondissement, grade par grade, l’évolution à la baisse enregistrée depuis plusieurs années et les baisses prévisionnelles pour l’avenir ?

Réponse du Préfet de police de Paris

QUESTION D’ACTUALITE DU GROUPE SOCIALISTE
AU SUJET DES EFFECTIFS DE POLICE

Monsieur le maire, Monsieur le ministre, Mesdames et Messieurs les conseillers,

La période de crise européenne aiguë que nous vivons, dont nous suivons l’inquiétante chronique semaine après semaine, comprend une forte dimension relative aux finances publiques. Le niveau des dépenses, la dynamique des déficits et de la dette sont à terme insoutenables et exigent des efforts de tous : des citoyens à travers l’impôt, mais aussi des entreprises, des institutions financières et des administrations publiques.

Ce qui doit être souligné, s’agissant du ministère de l’intérieur, c’est que ces efforts ne sont pas effectués de manière rampante ou escamotée, mais de manière lucide et assumée : donc, oui, les services de police et de gendarmerie participent à l’effort national. Dans des ministères où la masse salariale représente 85 % du budget, on ne peut pas sérieusement prétendre maîtriser les dépenses sans que cela concerne, au moins de manière modérée, les recrutements et le niveau des effectifs globaux et de recrutement dans des administrations. Contrairement à des clichés tenaces, la préfecture de police n’est pas une principauté isolée : elle participe donc pleinement à la solidarité commune.

Mais cette éthique de la responsabilité budgétaire régulièrement rappelée par le ministre de l’intérieur s’exerce en respectant plusieurs principes :

Premier principe, l’équité : Paris n’est pas traité de manière défavorable par rapport au reste du territoire. Je dirai même que l’acuité des problèmes de sécurité et des besoins franciliens est prise en compte d’une façon particulière. D’ailleurs, depuis que je suis en charge de la sécurité de l’ensemble de l’agglomération parisienne, je m’efforce aussi de faire preuve de pédagogie sur les enjeux de sécurité parisiens à l’égard d’élus de banlieue qui considèrent que Paris est, relativement, trop riche en effectifs.

On sait que les effectifs sont en moyenne plus jeunes à Paris, donc plus directement affectés par la baisse du volume des recrutements. Le souci de la gestion prévisionnelle des effectifs avait donc conduit à anticiper le recul prévisible des recrutements en surélevant le nombre de policiers en poste en Ile-de-France de plusieurs centaines en 2008. C’est pourquoi, Monsieur le maire, même si je réponds aux questions que vous m’adressez, il ne me paraît pas intellectuellement justifié de comparer l’évolution récente des effectifs par rapport à ce pic artificiel. C’est sur longue période que l’évolution doit s’apprécier.

Second principe, une intelligence de l’action opérationnelle sur les sites et aux horaires les plus sensibles.

Pour maintenir et augmenter le nombre de patrouilles, nous avons multiplié les patrouilles à deux policiers, alors qu’ils pouvaient auparavant être trop fréquemment par deux ou par trois. Nous leur demandons de multiplier les rondes à pied ou en VTT.

Afin de ne pas sacrifier le cœur de métier de l’action policière, la présence sur la voie publique, les enquêtes judiciaires, l’accueil des victimes, des réformes structurelles fortes ont été menées pour gagner en productivité, sur le plan opérationnel comme sur les fonctions supports ou périphériques.

Ainsi, tout en prenant en charge des services d’ordre en banlieue, la direction de l’ordre public et de la circulation a t’elle absorbé sans effectifs supplémentaires l’augmentation sans précédent des services d’ordre liés à l’accroissement du nombre de manifestations de 30 % à Paris. Manifestations qui concernent souvent des enjeux géopolitiques lointains ou des modalités d’actions ultra-répétitives qui paraissent parfois abusives au risque de déprécier le droit démocratique de manifester.

L’effort principal est donc gagé par des efforts de productivité des fonctions supports et des réformes structurelles : police d’agglomération, rapprochement police-gendarmerie dans les domaines logistiques, simplification des organigrammes et allègements d’états-majors, limitation de la prolifération des unités spécialisées, recours aux nouvelles technologies et modernisation des méthodes de police technique et scientifique. Je me suis d’ailleurs appliqué à montrer l’exemple en diminuant les effectifs de la compagnie de garde de l’immeuble de la Cité de 50 effectifs.

Troisième principe, la progressivité et la modération. Il y a dix ans, avec la réduction du temps de travail, les services de police ont dû absorber un recul du potentiel horaire disponible d’une année sur l’autre de 11 %. Les ajustements cumulés auxquels nous devons nous adapter sont plus modérés et lissés sur plusieurs années. Aujourd’hui, je rappelle que le niveau global des effectifs affectés dans les commissariats parisiens de 6 400 agents (commissaires, officiers et gardiens) est sensiblement le même qu’en 2000 alors que le niveau de délinquance est très différent, inférieur. En outre, le recours aux heures supplémentaires ciblées sur les services opérationnels et dans les sites sensibles apporte des compensations : cela a représenté l’équivalent de 300 temps plein le mois dernier dans l’agglomération parisienne.

Ne nous leurrons pas : si nous n’avions engagé aucune réforme de nos méthodes de travail, nous aurions dû subir les mêmes contraintes. Mais ces réformes, nous les avons faites, et elles commencent à porter leurs fruits.

Qui peut sérieusement contester que le surcroît d’efficacité et de réactivité que nous apporte depuis deux ans la police d’agglomération, en termes de lutte contre les bandes, contre les trafiquants de drogue, contre les cambrioleurs itinérants, en matière d’élucidation judiciaire, en matière de réactivité du potentiel anti-déliquance ?

De même, la vidéoprotection ne se substitue pas aux moyens humains, mais elle rend les effectifs existants plus réactifs et plus efficaces. L’entrée en fonctionnement à la fin de l’année du plan de vidéoprotection, selon le calendrier prévu, permettra de mieux encaisser les contraintes, voire même de les dépasser.

Enfin, ce qui compte avant tout en matière de sécurité, c’est le résultat de l’action menée. La délinquance baisse à Paris depuis le début de l’année, y compris et très nettement en matière de violences (- 7,4 %). La délinquance générale a baissé de 23,7 % en dix ans. L’évolution est meilleure encore pour certains phénomènes, avec par exemple 66 % de vols à main armée ou 55 % de cambriolages en moins.

Nous réévaluons constamment nos stratégies face aux évolutions de la délinquance : géographie de la prostitution, des trafics, des ventes à la sauvette, des vols de métaux précieux. Monsieur le maire, les Parisiens continueront de pouvoir compter sur leur police pour les protéger, avec le souci du meilleur usage des moyens qu’ils mettent à sa disposition en tant que contribuables.


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