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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



03/07/2009 - 20:58
Ghislain Fornier de Violet
        

Emeutes en Iran : quid des bahaïs ?

Une exclusivité de Huitème Tribune



A l’heure où l’Iran subit les secousses des protestations postélectorales, les médias s’intéressent aussi à la situation des Bahaïs, une minorité religieuse persécutée depuis plus d’un siècle en Iran.



Origine des bahaïs

Baha’ullah, un aristocrate iranien fonde une religion appelée Bahaïs en 1863 reconnue officiellement en 1945 comme une des quatre religions monothéistes. Exilé en Irak, puis en Palestine, son fils fonde après sa mort le siège mondial du Bahaïsme à Haïfa, presque un siècle avant la création de l’Etat d’Israël.
En Iran, les sunnites et les religions minoritaires reconnues, soient les chrétiens, les juifs et les zoroastriens, sont plus ou moins marginalisées. Toutefois, les bahaïs détiennent la palme des persécutions depuis leur apparition au XIXème siècle, bien que le régime islamique post-1979 ait considérablement durci la répression à leur égard. En Iran, ils sont aujourd’hui environ moins d’un demi-million de bahaïs soit seulement 0.5% de la population iranienne, et 5% de la communauté bahaïe mondiale, qui totalise environ 7 millions de croyants dans 235 pays à l’échelle mondiale, et comprend également les bahaï iraniens de la diaspora.
Le siège des Baha'i de France se trouve au 45 rue Pergolèse, Paris 16ème
Le siège des Baha'i de France se trouve au 45 rue Pergolèse, Paris 16ème

La longévité de la discrimination

Le Dr. Foad Saberan, psychiatre français d’origine iranienne et bahaïe, a bien voulu nous recevoir. Il nous explique qu’il s’agit tout d’abord d’une querelle théologique avec l’Islam. La foi bahaïe est aussi différenciée de l’Islam que la foi chrétienne l’est du judaïsme. Le Bahaïsme né en terre d’Islam entre en contradiction avec le précepte musulman selon lequel Mahomet est le dernier des prophètes. Pour l’ONU, elle est reconnue comme la dernière religion révélée. Elle se base notamment sur la tolérance à l’égard des autres croyances, le rejet des lieux de culte. Les femmes bahaïes ne portent pas le voile, ce qui est un crime en Iran. Haïfa étant situé en Israël, la propagande officielle iranienne assimile régulièrement les bahaïs à des espions pour le compte d’Israël. Le régime voit sa rhétorique populiste concurrencée par la philosophie du Bahaïsme, « centrée sur l’aide aux défavorisés, au développement éducatif des populations et au progrès. »

Ignorés par la loi

En Iran, les Bahaïs sont des parias sans aucune protection légale. Ils peuvent êtres tués, humiliés, leurs biens confisqués, tout rassemblement leur est interdit. Leur persécution est ouverte et assumée : ils n’ont pas accès à l’université, l’embauche entravée délibérément par les autorités. Les jeunes écoliers sont humiliés pour qu’ils se détournent des croyances de leurs parents.
Pary, française d’origine iranienne, vit en France depuis les années 1980. Ancienne expatriée, on lui a refusé le retour en Iran au terme de son expatriation. Elle n’a pas revu son frère et ses parents depuis plus de 25 ans. « Sans les pressions internationales, les bahaïs seraient une communauté depuis longtemps éteinte » déclare t-elle. Ces pressions sont issues de la communauté internationale, de l’ONU, et des médias. Mais celles-ci restent mesurées, pour ne pas mettre en danger davantage les 350 000-400 000 bahaïs d’Iran.

Faible visibilité

Sa faible visibilité à l’échelle mondiale s’explique par la répartition dispersée des bahaïs dans tout l’Iran, contrairement au cas des kurdes turcs ou des tibétains, regroupés dans une région aux tendances séparatistes. Le seul lien des bahaïs est la religion. Par ailleurs, ils sont d’autant plus vulnérables que leurs croyances leur interdisent les affiliations politiques, et prônent la résistance pacifique. Leur survie ne dépend donc que de leur discrétion, évitant toutes provocations inutiles. Par exemple, les réfugiés politiques sont accueillis en France sans battage médiatique.
En France, les bahaïs restent largement méconnus. Le Dr Saberan l’explique par la réticence des orientalistes français à dénoncer leur sort trop ouvertement, de peur de ne pouvoir plus effectuer de recherches en Iran.
Emeutes en Iran : quid des bahaïs ?

Propagande et impunité

Néanmoins, la répression quotidienne contre les bahaïs en Iran est essentiellement le fait du régime. « L’iranien moyen est globalement solidaire du bahaïs, qu’il sait innocent des crimes dont on les accuse » déclare le Dr Saberan. En février 2009, un manifeste d’intellectuels iraniens a été signé, dénonçant leur propre passivité à l’égard des bahaïs. Un véritable tournant historique pour le Dr Saberan et sa femme, secrétaire nationale de la communauté bahaïe en France. Le régime poursuit quant à lui ses persécutions, et la contestation postélectorale actuelle change peu de choses quant à la situation des Bahaïs. Sa remise en cause par les médias internationaux, notamment anglo-saxons, contribue parfois à durcir la propagande iranienne qui présente ces médias comme infiltrés par les bahaïs de l’extérieur. C’est particulièrement vrai de la BBC, symbole de l’ancien ennemi de l’Iran pré-révolutionnaire, alors présenté comme l’exploiteur impérialiste du pétrole iranien. Des officiels iraniens ont d’ailleurs rebaptisés la BBC Persian en Bahaï Broadcasting Company, lors d’une déclaration le 20 juin 2009.
Actuellement, sept représentants de la communauté bahaïe auprès du gouvernement iranien sont détenus « provisoirement » depuis mars et mai 2008, en attente d’être jugés pour « Espionnage pour le compte d’Israël », « propagande contre l’Iran » et « corruption des dogmes religieux », et accessoirement, pour avoir « répandu la corruption sur terre ». Ils n’ont bien entendu ni eu accès aux charges du procès, ni a un avocat. Ils sont donc en prison depuis un an sans avoir été formellement accusés. Leur jugement est prévu pour le 11 juillet.
Iran : 7 membres de la communauté religieuse Baha'i en attente de jugement
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