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Paris Tribune

Makemo, roi du black-out et des coupures d'électricité non justifiées selon l'association Katalina

Problèmes d'électricité à Makemo : l'association Katalina monte au créneau.

L'association Katalina réclame au président de la Polynésie française et au ministre une réunion publique sur les problèmes d'électricité sur l'atoll.

19 Août 2019 - 22:45
     

Une commerçante a posé ce panneau à l'arrivée du Ministre LECORNU à Makemo le 29 juillet 2019 © DR.
Une commerçante a posé ce panneau à l'arrivée du Ministre LECORNU à Makemo le 29 juillet 2019 © DR.
L'atoll de Makemo roi du black-out ? C'est ce qu'affirme le président de l'association Katalina, Teraiarue TAHI. Il met les pannes de courant sur le compte du manque d'organisation et de soin de ceux qui ont installé l'électricité sur cet atoll situé à 3h40 en avion de Tahiti en Polynésie française.

Avant de partir travailler lundi matin pour deux jours au secteur *, il explique à Mā'ohi Tribune :
"En 12 ans, nous avons eu six black-out et ne parlons pas des coupures non justifiées chaque mois, une dizaine de coupures environ, comme ce dimanche 11 août 2019 à 9 h 10 où il y a eu une coupure non justifiée".
Dans le village principal de Pouheva, une commerçante a posé ce panneau à l'arrivée du ministre national ** Sébastien Lecornu chargé des Collectivités territoriales auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités :
"12 ans d'attente du courant"
Les habitants sur l'atoll de Makemo, situé à 640 kilomètres au nord est de Tahiti, se sentent abandonnés par les autorités suite aux problèmes d'électricité à répétition sur fond d'affaire des six éoliennes qui pourrissent au sol depuis 2012, dont deux depuis 2010.

Essayerait-on de cacher l'ampleur du gaspillage de l'argent public que l'échec saute davantage aux yeux : le système électrique n'a jamais vraiment fonctionné à Makemo et personne ne semble avoir de solutions. 

Des éoliennes à terre depuis 2010 © DR.
Des éoliennes à terre depuis 2010 © DR.

Une pétition qui passe mal sur place

Pour le nouveau maire élu en 2014, Félix TOKORAGI, aujourd'hui âgé de 35 ans, "l’électricité est la base du développement économique des Tuamotu" et "un confort estimé aujourd’hui indispensable", ainsi qu'il le disait en 2016 à propos de l'accès à l'électricité dans les communes associées Raroia et Takume.

Mais les problèmes électriques à Makemo sont minimisés. La question de la production, du transport et de la distribution de l'énergie électrique gêne. La commune a été condamnée en février 2018 par la Cour administrative d'appel de Paris à verser à la société anonyme d'économie mixte Te Mau Ito Api (SAEM TMIA en voie de dissolution depuis 2016) la somme de 21 638 082 francs CFP (181.690,55 euros) sur les 36 990 010 francs CFP demandés par la SAEM TMIA en réparation de son préjudice financier. Pour sa défense, la commune de Makemo ​a expliqué qu'on ne peut contractuellement pas rechercher sa responsabilité mais seulement celle de la Polynésie française, actionnaire majoritaire de la SAEM TMIA à hauteur de 66 %, et qu'elle n'a commis aucune faute. En appel, sa peine est alourdie.

Le 7 août 2019, l'association Katalina lance une pétition pour obtenir la mise en conformité du réseau électrique de Makemo. Tous les habitants de Makemo n'ont pas non plus accès à l'électricité. Une soixantaine de maisons ou plus, des poteaux électriques sans courant : "Incroyable mais vrai. A chaque passage des politiques sur Makemo, les élus promettent. C'est promesse sur promesse !" explique Teraiarue TAHI.

Le lundi 12 août 2019 au matin, il reçoit un message en langue Paumotu émanant d'un agent technique de terrain. La traduction du message donne : 
Montre-moi les documents de ta pétition, je veux absolument identifier les personnes qui l'ont signé. Merci.
Le 16 août 2019, l'association Katalina demande l'organisation au plus vite d'une réunion publique à Makemo au sujet "des défaillances à répétition du réseau électrique depuis l'expérimentation des éoliennes sur l'atoll qui endommagent les appareils électriques de la population depuis douze ans".

Elle réclame cette réunion publique afin que la population soit entendue dans ses réclamations suite aux préjudices qu'elle affirme subir depuis 2008.

Dans un courrier envoyé au Président de la Polynésie française comme au ministre local, l'association souligne notamment que 
(...) "Les abonnés de Makemo ou la population ont été oublié dans les règlements de compte au Tribunal de Papeete entre le Gouvernement, Te Mau Ito Api (Dominique AUROY homme d’affaire) et la commune de Makemo. Aux infos, nous constatons que la commune de Makemo est condamnée à indemniser la société Te Mau Ito Api de plus de 21 000 000 Fcp et le gouvernement de la Polynésie Française réclame les subventions attribuées à Te Mau Ito Api pour plus de 76 000 000 Fcp.  Et pour les victimes la population de Makemo : zéro Fcp pour leurs appareillages cramés depuis 2008 à 2019 par leurs projets" (...).
Extrait de la lettre de l'association Katalina adressée aux autorités le 16 août 2019.

Que dit l'Etat ?

Interviewé sur Polynésie 1ère sur le bilan de sa visite aux Tuamotu et à Makemo fin juillet 2019, "le ministre des maires" Sébastien Lecornu indique avoir "ressenti un véritable goût pour la démocratie locale (...) j'ai trouvé des élus locaux complètement engagés pour faire évoluer le service public du quotidien à la population". Le jeune ministre de 33 ans était parti dans les Tuamotu-Gambier pour se "rendre compte de la vie quotidienne des maires, des maires-adjoints et des conseillers municipaux"

Le ministre prévoit notamment d'ici la fin de l'année un projet de loi pour protéger les maires en cas de litige "avec untel ou untel" sans avoir,  semble-t-il, connaissance de la situation électrique à Makemo : "parce que les communes de la Polynésie sont des communes de la République (...) on adapte vers le haut et pas vers le bas (...) des dispositions (...) pour la protection juridique des maires qui peuvent être inquiétés dans leur mandat (...) une assurance juridictionnelle en cas de difficulté avec untel ou untel".

Des poteaux sans électricité © DR
Des poteaux sans électricité © DR

Que dit la loi ?

L'énergie est "une compétence du quotidien des communes", selon les mots mêmes du ministre, "qui est également partagée avec le gouvernement de la Polynésie française selon les situations". S'agissant plus particulièrement de l'électricité, la Loi organique n° 2019-706 du 5 juillet 2019 portant modification du statut d'autonomie de la Polynésie française de 2004, indique dans son article 14 :
I.-La Polynésie française peut, sur demande des conseils municipaux, autoriser les communes à produire et distribuer l'électricité dans les limites de leur circonscription. Cette autorisation n'est pas nécessaire pour les communes qui, à la date de promulgation présente loi organique, produisent et distribuent l'électricité, dans les limites de leur circonscription.
Les communes compétentes pour produire et distribuer l'électricité en application du premier alinéa du présent I peuvent transférer cette compétence à un établissement public de coopération intercommunale ou à un syndicat mixte.

II.-Les communes qui, à la date de promulgation de la présente loi organique, produisaient et distribuaient l'électricité, dans les limites de leur circonscription, peuvent transférer à la Polynésie française cette compétence.
Ce transfert de compétence ne peut intervenir qu'avec l'accord de l'assemblée de la Polynésie française.
Une convention, approuvée par l'assemblée de la Polynésie française, fixe les modalités du transfert des moyens nécessaires à l'exercice de cette compétence.

Compte tenu du dossier, la réponse des autorités à la demande de l'association Katalina est très attendue.
 

* Aller au secteur : sur les atolls, l'expression "aller au secteur" signifie qu'on part quelques jours sur l'un des motu (ilôt) de l'atoll. 

** Les habitants des îles de la Polynésie française ont deux présidents et deux gouvernements :
  1. le président à Paris (le président de la République française) et le président à Tahiti (le président de la Polynésie française)
  2. le gouvernement à Paris (avec dix-sept ministres -- trente-six membres en tout avec les secrétaires d'état et autres ministres -- nommés au gouvernement par le Premier ministre) et le gouvernement à Tahiti (avec huit ministres nommés par le président de la Polynésie française avec l'aide de son vice-président, pour les affaires concernant le logement, le tourisme, l'économie verte, la modernisation de l'administration, la culture, la famille, la santé, l'éducation et l'équipement).
  3. Un exemple concret : les compétences liées à l'environnement sont locales et non pas nationales.

L'installation électrique à Makemo en question © DR
Le résumé des photos prises le 18 août 2019 :
Toujours couchées depuis 12 ans : les éoliennes de Makemo.
Danger pour la population : poteau électrique rouillé à 85%.
Danger : pied du poteau rouillé, bientôt par terre, avec les câbles.
Interdit : des transfos haute-tension alimentant des maisons.
Danger pour la population : les fixations des câbles rouillées à 90%.
L'état des coffrets électriques de marque Scoscher. Il y en a une dizaine dans le village de Makemo.
Câble avec une sortie terre non protégée et encore dénudée sur le passage des enfants de l'école primaire.
Danger : le câble sort du pied du poteau à très haut tension - pas de protection à cinq mètres de deux maisons et où une dizaine d'enfants jouent à côté. 
Branchement direct : un danger pour la propriétaire de la maison.
Makemo : 60 poteaux électriques sans courant selon l'association Katalina.

Vaea Devatine
Journaliste tahitienne à Paris. Diplômée de l'Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA).... En savoir plus sur cet auteur




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