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Paris : les Agents d'Accueil et de Surveillance des parcs et jardins mis en insécurité

De la surveillance à la verbalisation, le métier des AAS des espaces verts de la Ville a changé.


Les ex-gentils surveillants à la DEVE craignent des représailles depuis qu'ils sont devenus agents verbalisateurs à la DPSP.


        

Comme dans tous les métiers, les Agents d'Accueil et de Surveillance des espaces verts de la Ville rencontrent des difficultés. Mais la difficulté devient problématique lorsque, venus de la DEVE pour se retrouver à la DPSP, on veut transformer des agneaux en loups.
Les agents d'accueil et de surveillance des espaces verts de Paris, d'agneaux ex-DEVE, doivent devenir des loups © DR
Les agents d'accueil et de surveillance des espaces verts de Paris, d'agneaux ex-DEVE, doivent devenir des loups © DR

Le choc de la verbalisation

Au bout de 2 années à la Direction de la prévention et de la sécurité du public (DPSP), les Agents d'Accueil et de Surveillance des parcs et jardins font un point d'étape. Selon eux, la verbalisation à marche forcée pose problème.

Avant de devoir intégrer la nouvelle DPSP, les missions des AAS à la Direction des Espaces Verts et de l'Environnement (DEVE) prenaient en compte l'accueil des publics dans le respect de la tranquillité des quelques 490 squares, jardinets, parcs et jardins de la capitale.
Sans toujours avoir le droit de leur côté, les AAS ont du se transformer, du jour au lendemain à partir de septembre 2016, de médiateurs - facilitateurs en agents verbalisateurs avec une souche de PV à la main. Objectif : coller des amendes sur une surface d'environ 413 hectares d'espaces verts, sans oublier l'espace public en-dehors des jardins.
90 % des amendes s'élèvent à 68 euros (comme le jet de mégot de cigarette par terre), et il en coûte 38 euros en cas de cigarette grillée près des aires de jeux.

Pour redevenir agréable à vivre et propre, la Ville de Paris multiplie les possibilités de contraventions à destination des Parisiens et touristes indisciplinés, en prenant en compte l'augmentation du nombre d'habitants officieux et l'ouverture de parcs et jardins 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Suite aux expérimentations en 2016 pour l'ouverture la nuit, puis en 2017 pour l'ouverture tôt le matin, pendant l'été 2018 la municipalité ouvre en continue 167 parcs et jardins.

Le conseil de Paris approuve également la verbalisation en cas de fumage de cigarette dans 6 nouveaux lieux "en raison de la forte demande des maires d’arrondissement" expliquait l'exécutif : le Jardin Anne-Franck dans le 2e arrondissement, le Jardin Yilmaz-Güney dans le 10e arrondissement, le square Trousseau dans le 12e arrondissement, le square Henri-Cadiou dans le 13e arrondissement, le jardin des Batignolles dans le 17e arrondissement et le parc Georges-Brassens dans le 15e arrondissement.
Le dispositif est à l'essai pendant 4 mois. Pour le moment, un simple rappel à l’ordre est adressé aux contrevenants. La Ville dira plus tard si ce système sera généralisé à l'ensemble des espaces verts de la capitale.

La crainte des représailles

Un autre problème se pose aux Agents d'Accueil et de Surveillance des espaces verts : leur sécurité.

Selon le syndicat CGT ASPS à la Ville de Paris, "la Mairie de Paris met les AAS en insécurité".

Les AAS des espaces verts n'ouvrent plus les parcs de Paris le matin. Ils font une ronde dans la journée dans les enclos plantés avant de procéder à leur fermeture en fin de journée. Les horaires de travail sont fixés en fonction de l'heure de fermeture des parcs. 
"Tous les vendeurs à la sauvette, tous ceux qui se comportent mal dans les jardins savent très bien vers quelle heure on va passer et entre-temps il n'y a plus personne qui les surveille. Avant, on faisait des rondes sans que cela soit des heures officielles et le public ne savait pas à quelle heure on allait être là. Maintenant il sait très bien à quelle heure on passe et à quelle heure on part".
 Jean-Claude Hamelin, secrétaire général du syndicat CGT ASPS.
 
Pendant l'été 2018, ils sont amenés à verbaliser des personnes perturbant la tranquillité du Square Ozanam dans le 6e arrondissement, un propriétaire de chien non tenu en laisse Square Boucicaut dans le 7e arrondissement, des SDF installés avec leur couchage Square Trousseau dans le 12e arrondissement, les auteurs de jets de pétards dans le Square du Moulin de la Pointe dans le 13e arrondissement le 13 juillet, les organisateurs d'un barbecue non autorisé Square Chanoine Violet dans le 14e arrondissement, ou encore des personnes perturbant la tranquillité dans le Jardin de la Gare de Charonne dans le 20e arrondissement.

Une liste non exhaustive

Le Square Louise Michel dans le 18e arrondissement de Paris © archives Paris Tribune.
Le Square Louise Michel dans le 18e arrondissement de Paris © archives Paris Tribune.
Régulièrement, les Agents d'Accueil et de Surveillance des espaces verts de la Ville doivent être aidés pour pouvoir fermer en toute sécurité un jardin.
Là encore, aucun espace vert n'est épargné : la verbalisation par les AAS des parcs et jardins est sécurisée courant juillet lorsqu'un SDF installé dans le Jardin Juan Miro dans le 13e arrondissement veut y passer la nuit.

La sécurité des coins de verdure à Paris n'est pas assurée exclusivement par les Agents d'Accueil et de Surveillance des espaces verts : d'autres agents du service de la Tranquillité publique (brigade polyvalente, brigade VTT) et de la sous-direction de la Tranquillité publique (brigade d'intervention de Paris avec ses unités d'appui, unité de nuit ou encore unité cynophile) interviennent également.

A l'occasion de leur ronde de nuit, ils sont amenés à traiter l'incendie volontaire d’une poubelle dans la partie sud du Jardin des Grands Explorateurs dans le 6e arrondissement, la présence de personnes perturbant la tranquillité publique dans le Square Alban Satragne dans le 10e arrondissement, un rappel à l'ordre pour des nuisances sonores dans le Jardin Truillot dans le 11e arrondissement, ou des personnes alcoolisés Square Alexandre et René Parodi dans le 16e arrondissement. 
Les équipages de la Ville subissent également des jets de mortiers dans le Square Léon dans le 18e arrondissement lors de sa fermeture anticipée le 14 juillet 2018. ​Ce jour là, la police intervient Square de la Roquette dans le 11e arrondissement suite à des jets de mortier contre la brigade municipale.

L'aide des policiers de la Préfecture de police de Paris est régulièrement sollicitée, pour sécuriser les brigades de la Ville lors de la fermeture du Parc de Belleville dans le 20e arrondissement. Elle s'est également produite pour des personnes présentes dans le Jardin Rosa Luxembourg non fermé et pour des personnes présentes après fermeture dans le Square Saint Bernard Said Bouziri, dans le 18e arrondissement.

Les agents de la Direction des Espaces Verts et de l'Environnement (DEVE) alertent aussi leurs collègues de la DPSP en cas de personnes avec des chiens dangereux sur les pelouses du Square Charles Victor Langlois dans le 4e arrondissement, lors de présence de SDF dormant dans le Square Aristide Cavaillé-Coll dans le 10e arrondissement, lors de "forte présence" de SDF dans le Parc de Bercy dans le 12e arrondissement, d'agression verbale dans le Bois de Vincennes, ou en cas d'installation de SDF Parc Martin Luther King dans le 17e arrondissement, ou de personne circulant en scooter dans le Jardin d'Eole dans le 18e arrondissement.
Dans le Jardin des grands Moulins dans le 13e arrondissement, il a fallu démonter une tente installée par plusieurs individus qui vivaient à l’intérieur.

Des concessionnaires privés sur le domaine public n'hésitent plus non plus à demander de l'aide, comme en cas de SDF agressif Square de la Tour St-Jacques dans le 4e arrondissement de Paris.

Les riverains sont aussi des lanceurs d'alerte. En juillet 2018, un vol de drones est signalé dans le Jardin Rothschild dans le 8e arrondissement.

Des effectifs de AAS divisés par deux depuis 2008

Dans le grand jardin devant le Sacré-Coeur dans le 18e arrondissement, les publics à problème peuvent faire tout ce qu'ils veulent dès l'ouverture puisque personne ne les surveille avant l'arrivée des AAS des espaces verts.

C'est au moment de leur ronde que ces derniers constatent les complications. Aux riverains qui viennent à leur rencontre, ils n'ont d'autres choix que de leur expliquer qu' "il y a moins d'agents" et que "la Mairie de Paris ne veut plus nous voir dans les jardins".

Riverains et Agents ne sont pas contre la verbalisation mais depuis que les AAS des espaces verts dépendent de la DPSP, la verbalisation est devenue plus importante que l'accueil et l'information du public ; une situation jugée "anormale"


 




12/10/2018 - 15:35



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