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Rue des Moines : la loi n'est plus appliquée

Opération "Rue des Moines : zone piétonne pendant le week-end" dans le 17e arrondissement de Paris.


La piétonisation de la rue des Moines : une loi jamais totalement appliquée, un arrêté préfectoral tombé en désuétude, et une polémique qui refait surface.

18 Avril 2012 - 10:41
     

Thierry Coudert, conseiller de Paris du 17e arrondissement, demande le respect de la réglementation rue des Moines, zone piétonne, le samedi et le dimanche. Le préfet répond que ce n'est plus de sa compétence. La Mairie de Paris et la mairie d'arrondissement peinent à s'accorder sur une concertation sur la requalification de l'avenue de Clichy sur la portion incluant la rue des moines et son caractère piétonnier.

Un espace pour les piétons d'une longueur de 140 mètres sur une largeur de 4 mètres : depuis 1996, les habitants du quartier allant faire leurs courses en fin de semaine ont théoriquement droit à un lieu sans voitures et sur lequel poussettes et vélos peuvent circuler en toute liberté.

C'est en tout cas ce qu'indique l'arrêté préfectoral n°96-11667 du 14 octobre 1996 "interdisant la circulation et le stationnement des véhicules les samedis, de 7 heures à 20 heures et les dimanches de 7 heures à 14 heures 30, rue des Moines, entre l 'avenue de Clichy et la rue Lemercier à Paris, 17e arrondissement."

Sur place, le panneau de la préfecture, perché à plus de 2,40 mètres du sol, indique un horaire différent : "de 8h à 19h30."

L'arrêté n'étant pas respecté, l'élu UMP - Radical le remet à l'ordre du jour.

Opération-surprise rue des Moines

Thierry Coudert est sur les lieux le samedi 14 avril 2012 dès 11h, arrivant tout droit de sa permanence.

Candidat à l'élection législatives dans la 3e circonscription (à cheval sur le 17e et le 18e arrondissement), Thierry Coudert fait de l'alternative à la voiture, comme dans le quartier de la rue des moines, l'un des thèmes centraux de son programme.

Face à lui : Annick Lepetit (PS), actuelle député de Paris qui se représente et Adjointe au Maire de Paris chargée des transports, des déplacements et de l’espace public.

Du scotch et deux plots de chantier et le tour est joué : à 11h05, la rue des Moines devient inaccessible aux chauffeurs, surpris d'être éconduits.

Les piétons sont ravis. "Enfin !" Un homme évoque l'époque où une barrière métallique était placée chaque fin de semaine. Une grand-mère demande à ce que cela soit encore le cas pour l'arrivée de ses petits-enfants pour les vacances.

Le commissariat du 17e arrondissement, prévenu de la manifestation tout comme la mairie d'arrondissement, dépêche sur les lieux une équipe. Arrivant sur place à 11h20, les 3 policiers découvrent le panneau préfectoral. Ils ne le connaissaient pas. La manifestation fera l'objet d'une "main courante" ; ils ont reçu l'ordre de rester 15 minutes de plus jusqu'à la fin de la manifestation afin de s'assurer que tout se passe bien.

L'opération-surprise prend fin vers 11h45.

Des réactions positives

Interrogés par ParisTribune.info, les commerçants rappellent que "la loi doit être respectée (...) pourquoi la police ne verbalise pas les voitures qui empruntent la rue les samedi et dimanche (...) Rue Lepic dans le 18e arrondissement, des policiers stationnent toute la journée pour faire respecter l'interdiction et pas rue des Moines ?"

D'autres avancent que la mesure ne fait pas plaisir aux commerçants situés plus loin : "les clients ne vont pas à pied jusqu'au bout et ils perdent du chiffre d'affaire."

Enfin, un commerçant indique que c'est "un faux problème" car les voitures peuvent se rapprocher des commerces en passant par des rues adjacentes.

Le retour à la piétonisation de la rue des Moines avait déjà soulevé un débat lors du conseil du 17e arrondissement le 12 mars 2012, au conseil de Paris le 20 mars 2012... ainsi qu'en novembre 2004.

Le 12 mars 2012, c'est la présentation du voeu en conseil d'arrondissement "relatif à la piétonisation de la rue des Moines, le week-end."

Au conseil du 17e arrondissement

La maire du 17e arrondissement Brigitte Kuster (UMP) déclare que l'initiative vient de Thierry Coudert mais qu'elle en avait parlé avec Hervé Benessiano (UMP) (ndlr : président du conseil de quartier auquel appartient la rue des Moines), Isabelle Gachet (PS) venant de remarquer que ce n'est "pas l'arrondissement de Coudert".

Isabelle Gachet (PS) intervient : "Pourquoi cette demande car l'arrêté date de 1993 !"
Une voix murmure : "C'est petit..."
Isabelle Gachet poursuit au sujet du plot rétractable : "Pourquoi ne pas organiser une concertation ?"

Le 3e considérant du voeu pose problème. Brigitte Kuster annonce que "le plot du 3e considérant" gêne Hervé Benessiano, et précise que la Ville de Paris et la Préfecture ne veulent pas de plot rétractable, avant d'ajouter que "le considérant sera sûrement retiré".
Hervé Benessiano indique qu'il s'abstient.
Pour l'opposition d'arrondissement, le sujet divise la majorité : "c'est plus que le plot, le problème !"

Le vœu est adopté par le conseil d’arrondissement du 17e, la gauche vote contre et 4 élus de droite, Hervé Benessiano, Valérie Paparemborde, Christophe Ledrans, Richard Stein, s’abstiennent.

Au conseil de Paris

Au conseil de Paris, le 20 mars 2012, Thierry Coudert défend le voeu "le préfet qui était en poste en 1996 était visionnaire (...) hélas torpillé visiblement par les conservatismes" car l'arrêté toujours en vigueur n'est plus appliqué.

Pour Annick Lepetit tâcle le trait d'humour de Thierry Coudert : "Quelle grande vision de la part d'un préfet que de prendre un arrêté qui est inapplicable !" "Puisqu'il a duré 6 mois" l'Adjointe au Maire de Paris chargée des transports, des déplacements et de l’espace public propose un voeu bis de l'exécutif et demande la réalisation "d'un bilan sur le pourquoi cela n'a pas été mis en oeuvre par la préfecture de police de Paris." "Est-ce que le périmètre en 1996 est toujours pertinent ?"

Sur la question technique du plot, Annick Lepetit rappelle que le plot rétractable rue Montorgueil "n'a pas fonctionné très longtemps et je souhaite que les riverains, les commerçants, les associations puissent donner leur avis."

Le représentant du préfet rappelle que "la compétence à cette époque relevait du préfet de police ce qui n'est plus le cas depuis que le législateur en a décidé autrement". Sa préférence va à des considérations techniques "plutôt qu'à une présence fidélisée de fonctionnaires de police ou d'ASP pendant le week-end".

Brigitte Kuster souhaite que la concertation soit élargie avec une étude sur la requalification de l'avenue de Clichy dans laquelle "peut rentrer la piétonnisation de la rue des Moines", en concertation avec les services de la direction des services sous l'autorité d'Annick Lepetit et les conseils de quartier.

Annick Lepetit demande que le voeu voté au conseil du 17e arrondissement présenté au conseil de Paris, soit retiré et que la concertation commence "avec les principaux concernés" ; les travaux allant démarrer pendant l'été "sur une partie de l'avenue".

Brigitte Kuster rappelle que les études demandées pour la requalification de l'avenue de Clichy entre la Fourche et la Porte de Clichy ont été refusées : "pour l'instant la requalification n'a lieu qu'entre la place de Clichy et la Fourche" ; un périmètre qui exclut la rue des Moines.

Le voeu de la mairie du 17e arrondissement est maintenu par l'UMP. Il est rejeté par les membres présents à la séance du conseil de Paris qui adoptent le voeu bis de la majorité municipale.

Retour rue des Moines

Rue des Moines le 14 avril 2012, les habitants découvrent les mésaventures de la zone piétonne le week-end (voir la vidéo).

- Thierry Coudert : "Nous demandons le respect de la réglementation... à droite et à gauche, il y a eu des gens contre... du coup je fais une action pour marquer le coup et voilà... pour faire prendre conscience aux gens que la rue des Moines est piétonne le week-end."
- Un habitant : "Eh ben c'est super...."
- Thierry Coudert : "Voilà..."
- Un habitant : "Et vous êtes, vous...."
- Thierry Coudert : "Moi je suis conseiller de Paris..."
- Un habitant : "D'accord, ok ..."
- Thierry Coudert : "Je pense que c'est un sujet important..."
- Un habitant : "Mais oui mais c'est vrai qu'il faut le voir... pourtant tout le monde s'en fout et... je suis toujours piéton rue Brochant... " (ndlr : une rue parallèle à la rue des moines)
- Thierry Coudert : "Et oui vous passez là 3 - 4 fois par semaine et vous ne vous en êtes jamais rendu compte..."
- Un habitant : "Jusqu'au square des Batignolles ?"
- Thierry Coudert : "Non, non, jusqu'à la maison de la presse..."
- Un habitant : "Oui d'accord, jusqu'à l'angle..."
- Thierry Coudert : "Jusqu'à la rue... Nollet..."
- Un habitant : "Mais en même temps c'est difficile si on ne met pas de plots... mais le panneau en plus est très mal mis !"
- Thierry Coudert : "Tout a été fait pour que... au départ les commerçants mettaient des barrières métalliques. "

Un serpent de mer ?

La piétonisation de la rue des Moines est-il un vieux serpent de mer ? L'affaire dure depuis longtemps. En 2004, certains avaient pu raisonnablement prévoir la fin de ce débat.

Hervé Benessiano (UMP) qui s'est abstenu le 12 mars 2012 sur le vote de Thierry Coudert avait en effet demandé au préfet lors de la séance du conseil de Paris le 15 novembre 2004 : "Afin de mettre un terme à cette situation, serait-il possible, Monsieur le Préfet, de faire appliquer l’arrêté sur une période de 12 mois ? A l’issue de cette période, une nouvelle enquête auprès de la population permettrait de tirer les enseignements de cette année expérimentale et de prendre ainsi des mesures pérennes pour ce secteur.”

Le conseiller de Paris du 17e arrondissement expliquait qu' "après de longues discussions, une enquête auprès des riverains et commerçants de la rue des Moines, entre l’avenue de Clichy et la rue Lemercier à Paris 17e avait abouti à une demande de 70 % des personnes interrogées en faveur de la neutralisation de la circulation le week-end entre 9 heures et 19 heures".

Le préfet avait répondu :

“La circulation et le stationnement des véhicules ont été interdits les samedis, de 7 heures à 20 heures et les dimanches de 7 heures à 14 heures 30, rue des Moines, entre l’avenue de Clichy et la rue Lemercier à Paris 17e, par arrêté préfectoral n° 96-11667 du 14 octobre 1996, afin de faciliter le cheminement des piétons aux abords des marchés des Ternes et des Batignolles.

Dans un premier temps, cet arrêté n’avait pas été mis en application à la demande du Maire du 17e arrondissement.

En 1999, une réunion de concertation avait eu lieu au marché couvert des Batignolles, en présence des associations de riverains et de commerçants, à l’issue de laquelle la mise en œuvre de cet arrêté avait été décidée.

Les services de la Direction de la Voirie et des Déplacements de la Mairie de Paris avaient prévu l’installation de plots rétractables mais cette proposition n’avait pas été retenue et en définitive, seule une barrière de type Vauban avait été installée le week-end à l’angle de la rue des Moines et de l’avenue de Clichy en complément de la signalisation verticale en place.

Certains commerçants se sont alors appropriés cette portion de voie pour y garer leurs véhicules de livraison.

Par ailleurs, la traversée du carrefour formé par les rues des Moines et Lemercier s’était avérée dangereuse pour les automobilistes remontant la rue Lemercier en raison du comportement indiscipliné de certains piétons.

Etant donné les inconvénients résultant de la mise en œuvre de ce dispositif, la plupart des associations, riverains et commerçants n’avaient pas souhaité pérenniser une telle opération.

La mise en œuvre des dispositions de cet arrêté pourrait être réétudiée avec les services de la Direction de la Voirie et des Déplacements de la Mairie de Paris. Dans cette perspective, des plots rétractables pourraient être installés rue des Moines afin de limiter l’accès de cette voie aux seuls véhicules des riverains, commerçants et services d’urgence.”


L'application n'avait pas été suivie d'effets. En 2012, les mêmes semblent ne plus y croire.

La rue des Moines refera sans doute parler d'elle ; tout comme le texte législatif instituant le changement de compétence lié à l'application de l'arrêté préfectoral n° 96-11667 du 14 octobre 1996, rue des Moines.

Le voeu présenté par Thierry Coudert au conseil du 17e arrondissement le 12 mars 2012

Vœu présenté par Brigitte Kuster, Thierry Coudert, Geoffroy Boulard et les élus de la majorité municipale relatif à la piétonisation de la rue des Moines, le week-end.

"Considérant l'arrêté préfectoral n° 96-11667 du 14 octobre 1996 interdisant la circulation et le stationnement des véhicules les samedis, de 7 heures à 20 heures et les dimanches de 7 heures à 14 heures 30, rue des Moines, entre l 'avenue de Clichy et la rue Lemercier à Paris 17°,

Considérant que cet arrêté facilite le cheminement des piétons aux abords des marchés des Batignolles et renforce l'attractivité commerciale du quartier,

Considérant que des plots rétractables pourraient être installés rue des Moines afin de limiter l'accès de cette voie aux seuls véhicules des riverains, commerçants et services d'urgence.

Brigitte Kuster, Thierry Coudert, Geoffroy Boulard et les élus de la majorité municipale demandent au Maire de Paris la mise en œuvre des dispositions de cet arrêté par tout moyen et sa ré étude avec les services de la Direction de la Voirie et des Déplacements de la Ville de Paris."






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