La disparition d’Air Antilles marque un nouveau coup dur pour le transport aérien dans les territoires ultramarins français. Après plusieurs mois d’incertitude, la justice a tranché, mettant fin à l’activité de cette compagnie essentielle aux liaisons inter-îles.
Une liquidation judiciaire prononcée à Pointe-à-Pitre
Le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a prononcé, lundi 27 avril, la liquidation judiciaire d’Air Antilles. La décision intervient après l’échec des différentes offres de reprise, jugées insuffisantes ou peu crédibles.
Déjà placée en redressement judiciaire depuis février, la compagnie, immobilisée au sol depuis décembre, ne reprendra donc pas ses vols. Le tribunal a confirmé « le rejet de l’ensemble des offres de cession » et ordonné « la cessation immédiate de l’activité ».
Une situation financière jugée irrémédiable
Un passif de plus de 56 millions d’euros
Selon la décision judiciaire, l’administrateur a estimé impossible la mise en place d’un plan de redressement. En cause : un passif supérieur à 56 millions d’euros et des pertes d’exploitation persistantes.
Dans ce contexte, la liquidation est apparue comme la seule issue viable.
Le soulagement des salariés malgré la fermeture
Malgré la brutalité de la décision, certains salariés évoquent un sentiment de soulagement. « C’est un grand soulagement », a déclaré Séverine Louisor Malborougt, représentante du personnel, évoquant « l’épuisement des salariés » après des mois d’incertitude.
Depuis février, les 116 employés de la compagnie vivaient dans l’attente d’une décision judiciaire, plusieurs fois repoussée.
Des tentatives de sauvetage restées sans succès
Une relance récente mais fragile
Air Antilles avait pourtant été relancée en juin 2024 avec le soutien de la collectivité de Saint-Martin, devenue actionnaire majoritaire au nom de la continuité territoriale — un enjeu crucial dans les outre-mer, où les transports aériens sont souvent indispensables.
Près de 20 millions d’euros avaient été investis dans cette opération, après la liquidation de sa maison mère, le groupe Caire, en août 2023.
Suspension des vols et dégradation rapide
La situation s’est aggravée en décembre 2025, lorsque la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a interdit à la compagnie de voler, à la suite d’un audit révélant des défaillances organisationnelles et documentaires.
Quelques semaines plus tard, en février, Air Antilles était placée en redressement judiciaire.
Des offres de reprise jugées insuffisantes
Un projet principal limité sur l’emploi
Plusieurs offres ont été examinées, sans parvenir à convaincre le tribunal. La plus structurée, portée par le consortium guadeloupéen Pewen et l’entrepreneur Pierre Sainte-Luce, concernait l’ensemble de l’activité.
Toutefois, elle ne prévoyait la reprise que de 13 salariés sur 116, voire 14 selon les engagements évoqués à l’audience.
Le tribunal a reconnu les efforts pour proposer un « projet industriel structuré », mais a jugé l’offre « incontestablement insuffisante » au regard de l’objectif légal de maintien de l’emploi.
Une autre offre sans reprise de personnel
Une troisième proposition, plus partielle, ne concernait qu’un seul aéronef et n’incluait aucune reprise de salariés, renforçant le constat d’impasse.
Un impact sur la desserte des Antilles françaises
Avec la disparition d’Air Antilles, la connectivité entre les territoires français des Caraïbes s’en trouve fragilisée. Désormais, la compagnie Air Caraïbes, appartenant au groupe Dubreuil, reste la seule à assurer ces liaisons.
Dans des territoires où l’avion constitue souvent le principal moyen de transport rapide entre les îles, cette situation soulève des enjeux économiques et sociaux importants, notamment pour la mobilité des habitants et l’activité touristique.
Conclusion
La liquidation judiciaire d’Air Antilles illustre les difficultés structurelles du transport aérien régional dans les outre-mer. Entre contraintes économiques, exigences réglementaires et enjeux de continuité territoriale, la disparition de la compagnie laisse un vide significatif, tant pour les salariés que pour les usagers.

Alexandre Dumas est rédacteur pour Paris Tribune. Il suit l’actualité nationale et internationale, ainsi que les sujets liés à l’économie, aux entreprises, à la technologie et à la société. Il s’attache à fournir une information claire, fiable et utile, en mettant en perspective les événements qui comptent pour les lecteurs.
