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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



06/03/2017 - 02:35
Gilles Dambier et Guillaume d'Antefeuille
        

Honneur et profit ne couche pas au même lit

Le nouveau dictionnaire des girouettes



François Fillon face à l’abandon de professionnels de la politique qui s’étaient engagés à le soutenir après sa victoire à la primaire de la droite et du centre.



La France républicaine est marquée par ses racines. Louis XVI est décapité le 21 janvier 1793. Il a été Roi de droit divin. Il est devenu Roi constitutionnel soumis à la Nation et à la Loi. Il a fini sur l’échafaud. Mais avant qu’il soit exécuté, il a été jugé. Il a pu être défendu par trois avocats. La Justice a été rendue. Parmi les régicides, Louis Philippe d’Orléans, son cousin, qui prend le nom de « Philippe-Egalité » suite à un arrêté de la commune de Paris le 15 septembre 1792.
Est-il possible de critiquer la Justice et les juges ? Ou bien la Justice et les juges ont-ils l’infaillibilité ?

Honneur et profit ne couche pas au même lit

Certains, parmi les privilégiés, ont participé à la Révolution française, d’autres ont fui, d’autres encore se sont battus et beaucoup d’autres se sont tus. L’abbé Sieyès, l’un des pères du Serment du Jeu de paume et de la transformation des Etats Généraux en Assemblée nationale, l’auteur de « Qu’est-ce que le tiers état » publié en janvier 1789, résume son attitude pendant les phases successives de la Révolution, dont la Terreur, par un effrayant « J’ai vécu ». Il est vrai que les guillotines coupaient les têtes, celles de la noblesse, du clergé et même celles des révolutionnaires.

Puis vint Bonaparte. Il n’a pu résister au désir d’être proclamé « Empereur » et de distribuer des titres pour créer une nouvelle noblesse.
 
Les changements successifs de régimes en France, l’avènement de la République et de l’Empire, ont suscité une classe d’hommes politiques prêts à servir tous les régimes du moment que les honneurs, les titres et les pensions leur étaient assurés. Ils ont suivi leur intérêt personnel paré du service de la Nation pour dissimuler leur servile dévotion.
Girouette française © Jackin
Girouette française © Jackin

Le nouveau dictionnaire des girouettes

Pourquoi nouveau ? Car en 1815, Alexis Eymery, libraire rue Mazarine dans le 6e arrondissement de Paris, publie le premier « Dictionnaire des girouettes ou Nos contemporains peints par eux-mêmes ». L’ouvrage est composé de notices biographiques descriptives des trajectoires individuelles, des sentiers et méandres sinueux suivies par les personnalités citées. Les caractéristiques communes de ces dernières sont incontestablement l’échine souple, l’esprit accommodant et le goût permanent pour l’or, les honneurs et les titres.
 
La préface de l’ouvrage précise son but : « inscrire les noms de ceux qui ont bien mérité de la société des girouettes ».
 
Elle rend hommage à une publication qui avait mis en cause « l’excès de bassesse », « la flexibilité de conscience », grâce auxquels
« nous devons le plaisir de voir depuis vingt ans, les mêmes hommes se perpétuer dans les mêmes places et se plier à tous les gouvernements, qu’elles qu’en soient les formes, les chefs et les principes. On les accuse d’inconstance ; c’est une calomnie ; ils sont constamment vils. » 
Mémoires pour servir à l'Histoire de France, sous le gouvernement de Napoléon Bonaparte et pendant l'absence de la maison de Bourbon, contenant des anecdotes particulières sur les principaux personnages de ce temps, par J-B Salgues, première livraison, chez Fayolle, à Paris.
 

Mais l’ouvrage de 1815 veut établir des différences : « Il y a girouette et girouette ». 
​« Il y a girouette et girouette. L’une tourne avec facilité au premier vent ; une autre a tourné quelques fois par hasard ; une autre enfin, plus ferme sur son pivot, résolue à ne jamais dévier, a cependant été obligée de céder à ces coups de vent qui ressemblent à une bourrasque, et qui l’a fait tourner pour ainsi dire malgré elle. »
« Dictionnaire des girouettes ou Nos contemporains peints par eux-mêmes » Alexis Eymery, libraire rue Mazarine à Paris, 1815.
 
 
La classe politique contemporaine a-t-elle, en son entier, rompu avec ses racines ?
 
L’érudit Edgar Faure invente avec malice une formule qui conquiert le public : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent ».
 
Depuis le 25 janvier 2017, le vent s’est levé. Une intempérie ? Pas seulement. Un grain, une rafale, un coup de chien ? Plus. Un tourbillon, une trombe, une tourmente ? Pire encore, une tornade.
 
Il y a alors des girouettes qui s’affolent. Elles tournent, tournent, grincent, gémissent. Il y en a même qui croient pouvoir diriger le vent. Elles se désolidarisent  de leur pignon.
 
La première girouette, un homme qui connaît bien la justice, par tous ses aspects, a renoncé au chant du coq, expression naturelle d’une girouette au sommet d’un toit, pour s’insérer dans l’orchestre du « Titanic ». Il a sans doute choisi comme instrument la flute d’Hamelin. L’impression a été puissante chez les girouettes qui se mirent à tourner et grincer de plus belle, à se désolidariser.
 
Selon nos confrères du journal « Libération », qui tient « le compteur des lâcheurs de Fillon », ils sont 306 dénombrés le dimanche 5 mars 2017 à 20h (http://www.liberation.fr/apps/2017/03/compteur-lacheurs-fillon/).

Mais sachons raison garder car Cervantès l’a écrit :
« Le vent qui court change la girouette mais non la tour ».




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