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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



06/05/2013 - 22:00
        

La Polynésie française retrouve une stabilité politique

Écrasante majorité à l'Assemblée de la Polynésie française : stabilité politique en vue pour 5 ans.



Depuis 2004, la Polynésie française a connu 10 Présidents du pays,13 gouvernements et 10 présidents de l'Assemblée de la Polynésie française.



Le parti de Gaston Flosse, président du gouvernement du territoire de la Polynésie française de 1984 à 1987 puis de 1991 à 2004, bat à plates coutures la coalition de partis indépendantiste, de gauche, écologiste et centriste, suite à une période d'instabilité politique sans précédent.

Patience polynésienne

Il aura fallu des élections territoriales en 2008 et 2013 et 2 modifications du statut de la Polynésie française en 2007 (1) et en 2011 (2), pour que le pays d'outre-mer (3) retrouve une stabilité politique qui lui faisait défaut depuis 2004.

En 9 ans, la Polynésie française a connu 10 Présidents du pays,13 gouvernements ainsi que 10 présidents de l'Assemblée de la Polynésie française.

Le 5 mai 2013, le parti politique du sénateur autonomiste non-indépendantiste Gaston Flosse remporte 38 sièges sur 57 au sein de l'Assemblée de la Polynésie française contre 11 sièges pour le rassemblement de 6 partis au sein de l'Union pour la Démocratie (UPLD) avec à sa tête le sénateur indépendantiste Richard Tuheiava.

"Il fallait que cela change, on était 'fiu' " (4) soupire d'aise un Tahitien à Paris, originaire de la côte est de l'île de Tahiti. A la Foire de Paris dans le XVe arrondissement de Paris où la Polynésie française est représentée, les Polynésiens d'origine ou de coeur ne parlent que de ça : comment "le Vieux", surnom de Gaston Flosse, 82 ans en juin, a remonté la pente.

Oscar Temaru : le changement

En Polynésie française, les partis politiques sont reconnaissables à leur couleur et ce, depuis les années 1990 ; une façon de faire campagne sans affoler les comptes de campagne.

Habillé en orange, le militant affiche sa couleur politique, celle du parti orange, non-indépendantiste : le Tahoeraa Huiraatira (en français Rassembler le peuple , NDLR) créé par Gaston Flosse en 1977.

Habillé en bleu, il s'agit alors du parti bleu, indépendantiste, créé par Oscar Temaru en 1986 suite au changement de nom du Front de la Libération de Polynésie créé en 1977 en Tavini Huiraatira (en français Servir le peuple , NDLR).

En 2004, l'Union pour la Démocratie (UPLD) formée pour battre Gaston Flosse aux élections territoriales invente le concept politique du Taui (en français Le changement , NDLR), bien avant celui utilisé par François Hollande, un ami d'Oscar Temaru, pour sa campagne présidentielle.

L'arc-en-ciel local, jusque-là de la couleur des couchers de soleil, se teinte de la couleur du ciel : le bleu. Oscar Temaru devient le nouveau Président en remportant contre toute attente la majorité des sièges au sein de l'Assemblée de la Polynésie française. Il est le premier surpris : "Nous ne nous attendions pas à gagner" avait-il alors confié, "nous ne sommes pas préparés (...) on a toujours été dans l'opposition !"

2004 - 2013 : Alliances et mésalliances

Au gré des motions et des élections, les alliances politiques se font et se défont. Des conseillers de la Polynésie française donnent l'impression de se vendre au plus offrant.

Oscar Temaru devient 5 fois Président de la Polynésie française : 4 mois en 2004, 21 mois de 2005 à 2006, 5 mois de 2007 à 2008, 9 mois en 2009 et depuis le 1er avril 2011.

Gaston Flosse devient à 2 reprises Président pour une période totale n'excédant pas 7 mois : 5 mois de 2004 à 2005, moins de 7 semaines en 2008.

Gaston Tong Sang, ancien ministre de Gaston Flosse surnommé Petit Gaston par la presse locale, est parvenu à devenir Président sur une durée de temps de 25 mois de 2006 à 2011, dont une fois sous la bannière du parti de Gaston Flosse et deux fois à la tête de son propre parti O Porinetia To Tatou Ai'a (en français Polynésie, notre patrie , NDLR).

Pour tenter de ramener la stabilité politique, une première modification statutaire de la Polynésie française a lieu en 2007.
De 2008 à 2009, à la faveur d'une entente entre Gaston Flosse et Oscar Temaru "pour le développement, la stabilité et la paix en Polynésie" (UDSP, Union pour le développement, la stabilité et la paix, NDLR), les Toa ou casse-têtes en français, sont rangés. Le casse-tête politique, lui, perdure. Les 2 camps ressortent leurs armes de guerre au bout de 14 mois.

En 2009, l'opposition acharnée entre Gaston Flosse et Oscar Temaru reprend. L'UPLD est réactivée et ne compte plus que 6 partis politiques après en avoir compté 7.
En 2011, une 2e modification statutaire pose les jalons d'un déblocage des institutions locales.
En octobre 2012, le ministre des Outre-mer Victorin Lurel donne les dates de la nouvelle élection des conseillers de l'Assemblée de la Polynésie française.

Gaston Flosse : le retour

Au 1er tour des élections territoriales le 21 avril 2013, le parti orange remporte 40,16 % des suffrages exprimés.
La coalition de 5 partis autour du parti bleu obtient 24,09 % des suffrages exprimés.
La liste conduite pour une alternative politique par un autre ancien ministre de Gaston Flosse, Teva Rohfristch, arrive en 3e position avec 19,92 % des suffrages exprimés, au sein de la formation A Ti'a Porinetia (en français Debout la Polynésie , NDLR) composée de 3 partis et d'anciens Flossistes.

Au 2e tour le 5 mai 2013, l'Union pour la démocratie (UPLD) est battue dans les 8 élections organisées sur tout le territoire. Un tiers des électeurs s'est abstenu.

Tête de liste dans 7 communes de l'île de Tahiti, Gaston Flosse était le favori. La condamnation du sénateur le 7 février 2013 par la Cour d’appel de Papeete à 4 ans de prison avec sursis, 125 000 euros d’amende et 3 ans de privation des droits civiques pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics dans une affaire d’emplois fictifs, n'a pas découragé ses électeurs. Il s'est pourvu en cassation. Il a remporté 8 sièges sur 13.

Egalement tête de liste dans 5 communes sur l'île de Tahiti dont Papeete la capitale administrative, Edouard Fritch, gendre de Gaston Flosse et député membre du groupe UDI à l'Assemblée nationale, remporte 9 sièges sur 13.

Dans les autres communes, le parti orange engrange 7 sièges sur 11 (2 communes de Tahiti dont Faaa où Oscar Temaru est maire depuis 1983), 5 sièges sur 8, 2 sièges sur 3 ou encore la totalité des 3 sièges dans un archipel.

Il rafle en tout 66,66 % des sièges à l'Assemblée de la Polynésie française avec l'aide d'une prime majoritaire de 33 %. Instaurée dans un premier temps par la loi organique de 2004 qui avait contribué à la chute de Gaston Flosse, elle est supprimée par une modification du statut de la Polynésie française en 2007. Réintroduite en 2011, elle est couplée à une modification du scrutin lequel devient mixte, combinant scrutin majoritaire et proportionnel.

38 conseillers de l'Assemblée de la Polynésie française orange sur 57

La stabilité est de retour pour les 5 prochaines années veulent croire les Polynésiens, avec 45,11 % des suffrages exprimés au profit du parti du sénateur Flosse, soit 38 sièges sur 57 ; loin devant les 11 sièges de la formation d'Oscar Temaru et des 8 sièges de celle de Teva Rohfritsch.

Un nouveau défi s'annonce pour Gaston Flosse, président du parti orange : lorsqu'il était aux manettes de la Polynésie française de 1984 à 1987 puis de 1991 à 2004, celle-ci était alimentée par les transferts publics de l'Etat. Depuis, la crise est là et elle n'a pas épargné le pays d'outre-mer.

Gaston Flosse accueillant Jacques Chirac à l'aéroport international de Tahiti Faaa le 25 juillet 2003 - Photo : PP / Archives Paris Tribune.
Gaston Flosse accueillant Jacques Chirac à l'aéroport international de Tahiti Faaa le 25 juillet 2003 - Photo : PP / Archives Paris Tribune.
(1) Loi organique n° 2007-1719 du 7 décembre 2007 tendant à renforcer la stabilité des institutions et la transparence de la vie politique en Polynésie française.

(2) Loi organique n° 2011-918 du 1er août 2011 relative au fonctionnement des institutions de la Polynésie française.

(3) La Polynésie française est un pays d'outre-mer depuis la révision de la constitution française en 2003. Depuis cette date, les ex-DOM-TOM sont devenus les DROM-COM regroupant 5 départements et régions d'outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, la Réunion, et depuis le 31 mars 2011 Mayotte) et 6 collectivités d'outre-mer : le pays d'outre-mer de la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, le territoire d'outre-mer Wallis et Futuna, Saint-Pierre et Miquelon, et depuis 2007 Saint-Martin et Saint Barthélémy.

(4) Fiu (prononcez 'fi-ou') : terme intraduisible en français donnant l'idée d'un constat ressenti personnellement mêlant la lassitude et l'inanité des choses, en lien avec un certain détachement, peu ou non teinté de fatalité. Le 'fiu tahitien' est étudié depuis plusieurs années par des philosophes occidentaux qui cherchent à définir ce que recouvre "être fiu" et la traduction qui en est faite : "en avoir assez".

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