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© Paris Tribune, « observateur des débats publics à Paris »



23/01/2012 - 15:14
        

Voies sur berges : la réponse du berger à la bergère

L'aménagement des voies sur les berges de la Seine à Paris prévu en 2012.



Loin de clore la discussion, les conclusions du rapport de la commission d'enquête publique sur le projet d'aménagement des berges de Seine n'en finissent pas de relancer le débat.



Voies sur berges : la seule fermeture qui s'annonce est celle du dialogue. Du moins sur la partie rive gauche. Rien de tel rive droite : l'aménagement est acquis, avec l'installation sur la voie Georges Pompidou, au niveau du jardin des Tuileries dans le 1er arrondissement de Paris, de feux de circulation pour permettre aux piétons d'accéder dès le milieu de l'année à la berge de la Seine.
Rive gauche, le système est revu. La fermeture complète de la circulation automobile sur la partie basse des voies sur berges entre le Pont Royal et le pont de l'Alma, dans le 7e arrondissement de Paris, vient d'être remis en question par le Premier ministre François Fillon "tant que les difficultés exposées [dans le rapport de la commission d'enquête] n'ont pas été réglées", et pour s'assurer que les projets de la ville aient "une maturité effective".

Dans un communiqué commun, les présidents des groupes au conseil de Paris membres de la majorité municipale dénoncent le "refus d'autoriser la mise en oeuvre de la reconquête sur la rive gauche des voies sur berges." Soulignant que la lettre en date du 12 janvier 2012 du Premier ministre François Fillon intervient au lendemain de sa désignation par la commission d'investiture de l'UMP en tant que candidat aux élections législatives dans la 2e circonscription de Paris, incluant le 7e arrondissement, Jean-Pierre Caffet (groupe PSRGA), Ian Brossat (groupe PC/PG) et Danielle Fournier et Sylvain Gare (groupe EELVA) critiquent "une décision prise sans aucun échange avec la Ville, qui balaye 18 mois de procédures d'autorisation conclues par un avis favorable d'une commission d'enquête indépendante."
Lors de ses voeux à la presse le 19 janvier 2012 à l'Hôtel de Ville, Bertrand Delanoë se dit "résolu à aboutir sur ce projet ".
"Le moment venu, explique-t-il, je montrerai aux Parisiens ce que veut la droite parisienne, minoritaire, épaulée par le Premier ministre, c'est-à-dire une autoroute urbaine dans un des endroits les plus beaux du monde. Et en parallèle, ce qu'ils voudraient tenter de nous empêcher de faire, au mépris de la volonté populaire et qui est un lieu de vie, un lieu de beauté, un lieu de culture (...) Ce qui est assez frappant, j'allais dire caricatural, c'est qu'en fait on me dit : le bon choix, c'est l'autoroute urbaine, dans un lieu dont on me rappelle qu'il est classé au patrimoine de l'Humanité (...) Et moi, y mettre des lieux de vie, y mettre de la culture, pour les citoyens, les habitants, ça en revanche c'est contesté (...) Moi je suis quelqu'un de légaliste et nous continuerons comme nous l'avons fait nos travaux avec Ports de Paris, qui a un intérêt d'ailleurs à la réalisation de ce projet, puisque nous avions déjà tout réglé avec la préfecture de police et avec la préfecture de Paris, puisque nous avons eu un avis positif, nous sommes venus à toutes les réunions, mais nous sommes résolus à ce que ce projet aboutisse."

Le rapport de la commission d'enquête sur le projet de fermeture et d'aménagement des voies sur berges rendu en octobre 2011 pose 2 réserves avant toute piste : d'une part l'aménagement des voies sur berges de la Seine côté doit être réversible, la réversibilité étant définie "comme un retour à la fonctionnalité de circulation de la voie sur berge basse rive gauche" ; d'autre part, les aménagements envisagés au port du Gros Caillou, dans le 7e arrondissement de Paris, devront prévoir "un espace pour laisser à Ports de Paris la possibilité de développer du fret." .
La brèche n'est pas devenue un passage mais un fossé qui ne cesse de s'agrandir entre la Ville de Paris et l'Etat, propriétaire des voies sur berges via le Port autonome de Paris. L'Etat ne signera donc pas de convention avec la Ville de Paris pour les aménagements de la rive gauche car il ne lui "apparaît pas possible (...) de passer sous silence les manquements et les défauts du projet d'aménagement, dont les premières victimes seraient les Parisiens, qu'ils habitent ou non les quartiers concernés". Un "diktat du gouvernement" pour Bertrand Delanoë.
Pour accéder aux voies sur berges, pas de chemin de traverse. La route pourrait déboucher sur une impasse.
Bertrand Delanoe confirme pour 2012 les travaux place de la République, la livraison du Tramway, le développement d'Autolib et l'aménagement des voies sur berges - Photo : VD.
Bertrand Delanoe confirme pour 2012 les travaux place de la République, la livraison du Tramway, le développement d'Autolib et l'aménagement des voies sur berges - Photo : VD.

Voies sur Berges : Lettre de François Fillon à Bertrand Delanoë

Le Premier Ministre

Paris le 12 janvier 2012

à Monsieur Bertrand DELANOE Maire de Paris
Hôtel de Ville de Paris
Place de l'Hôtel de ViIle
75196 PARIS RP


Monsieur le Maire,

L'enquête publique relative au projet d'aménagement des berges de la Seine a été récemment présentée au Conseil de Paris. Un avis favorable a été donné à l'issue de cette enquête, assorti de deux réserves, l'une relative à la réversibilité des aménagements et l'autre sur la nécessité de préserver l'activité portuaire.

S'il n'appartient pas à l'autorité publique de discuter de l'avis rendu par la commission d'enquête, je relève toutefois que l'avis et les conclusions motivés contiennent des observations sur différents chapitres dont la teneur interpelle.

En premier lieu, s'agissant de la circulation, la commission d'enquête a noté les incertitudes des modèles de report de la circulation des véhicules dans Paris retenus par l'étude d'impact.

Ce point est d'autant plus fondamental que la commission d'enquête souligne, par ailleurs, l'absence réelle d'offre alternative en matière de transports collectifs, même si des études sont en cours à l'horizon 2013. A cet égard elle formule une recommandation pour que la ville de Paris poursuive activement la concertation avec l'ensemble des autres acteurs des transports collectifs.

La même commission n'a pas pu déterminer sa position sur les nuisances. En l'absence d'informations relatives aux usages envisagés pour les aménagements de la rive gauche, craignant une privatisation de l'espace public ou des entraves à la libre circulation des personnes. Liée à l'absence d'information sur les usages, la position de la commission sur le patrimoine et le paysage manifeste de l'inquiétude quant à la conservation de l'aspect minéral des quais, pourtant inscrits au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.

A la lecture de ces conclusions et même si la commission rend un avis positif à la poursuite du projet, je considère que l'Etat, qui a la propriété des berges via le Port autonome de Paris et qui est responsable des règles de circulation sur les axes structurants, doit assumer sa responsabilité à l'égard de nos concitoyens. En l'état et dans un contexte de multiplication des chantiers d 'infrastructures, il ne m'apparaît pas possible que l'Etat accepte, via des conventions passées par le port autonome avec la ville, de passer sous silence les manquements et les défauts du projet d'aménagement, dont les premières victimes seraient les Parisiens, qu'ils habitent ou non les quartiers concernés. Je vous précise que ma position concerne les projets d'aménagement de la rive gauche puisque ceux qui ont été prévus rive droite n'ont, semble-t-il, pas suscité les mêmes commentaires de la part de la commission.

Dans le détail, je souhaite que l'Etat puisse disposer d'une étude de la ville, précise et indiscutable, relative aux reports de circulation envisageables. Il apparaît essentiel que l'autorité investie du pouvoir de police à Paris puisse disposer, avant tout aménagement, des outils nécessaires pour évaluer et maîtriser la circulation automobile au cœur de la capitale. Force est de constater que ce n'est pas le cas. Naturellement il ne s'agit pas de renoncer une fois pour toutes à donner un caractère piétonnier aux berges de la Seine. Mais à l''instar de la recommandation n°1 de la commission, la poursuite des études sur les alternatives de fermetures, soit calendaires (dimanche, jours fériés, vacances etc...), soit spatiales (maintien de la circulation entre le Pont Royal et la Pont de la Concorde) doit être demandée à la ville, tout autant que l'utilisation de modèles arithmétiques fiables relatifs à la circulation.

S'agissant des nuisances, je tiens particulièrement à ce qu'elles puissent être anticipées, ce qui suppose de connaître la nature des aménagements que la ville envisage de mettre en œuvre sur les berges.

La position de l'Etat ne consiste nullement à s'opposer, de façon définitive aux projets de la ville mais à s'assurer de leur maturité effective. Dans l'immédiat, je vous informe que l'Etat n'entend pas signer de convention avec la ville de Paris, ou prendre toute décision relative aux travaux préparatoires prévisionnels, tant que les difficultés exposées ci-dessus n'ont pas été réglées.

Je vous prie de croire, Monsieur le Maire, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs,

François Fillon.

Voies sur berges : communiqué de presse de la majorité municipale au conseil de Paris

COMMUNIQUE DE PRESSE
DES GROUPES DE LA MAJORITE MUNICIPALE DE PARIS (SRGA, PC/PG et EELVA)

La décision du Premier Ministre de bloquer le projet de reconquête des voies sur berges constitue une agression de François Fillon et du gouvernement contre la collectivité parisienne et ses habitants.

Le lendemain de son investiture comme candidat aux législatives dans la capitale, le Premier Ministre a notifié au Maire de Paris son refus d’autoriser la mise en œuvre de la reconquête sur la rive gauche des voies sur berges. Cette décision est inique pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’elle s’inscrit dans la longue liste des mesures prises par le gouvernement de François Fillon à l’encontre des intérêts des Parisiens : réduction des financements pour le logement social, diminution brutale des financements du SAMU Social, refus de l’expérimentation de l’encadrement des loyers ; 1,3 milliard d’euros de transferts non compensés…
Ensuite parce qu’à travers ce refus, le Premier ministre désavoue les nombreux services de l’administration et acteurs publics comme Port de Paris qui ont travaillé de manière exigeante mais constructive avec la ville de Paris pour aboutir à un projet sérieux et respectant l’intégralité des conditions posées. Nous rappelons à cette occasion que les différentes étapes de l’élaboration du programme des voies sur berges ont été votées à l’occasion de quatre séances du conseil de Paris qui se sont déroulées entre juillet 2010 et décembre dernier.

Il s’agit d’une décision prise sans aucun échange préalable avec la Ville, qui balaye 18 mois de procédures d’autorisation conclues par un avis favorable d’une commission d’enquête indépendante. De plus, elle s’appuie sur des arguments erronés, démentis par l’ensemble du travail en commun avec les services de l’Etat. Un exemple parmi d’autres, le Premier Ministre évoque le manque d’études de circulation : celles-ci ont été menées par la Ville de l’été 2010 au début 2011 et parfaitement validées par les fonctionnaires de l’Etat spécialistes du domaine. Elles montrent que les voiries auront la capacité d’absorber les reports.

Comment comprendre un tel revirement autrement qu’en raison de considérations partisanes à quelques mois des élections législatives ? Alors que même l’UMP parisienne est divisée sur cette question, l’obstination du Premier ministre relève d’une conception singulière de la démocratie puisqu’elle ôte à ses représentants parisiens démocratiquement élus le droit de poursuivre, en toute régularité, un projet qui a la faveur de ses habitants et qui est une première et nécessaire étape vers la reconquête totale des berges de la Seine, classées au patrimoine de l'UNESCO. Alors que les voies sur berges ont été livrées aux voitures en 1967, François Fillon manifeste ici une conception dépassée de l’aménagement urbain.

Le démarrage des travaux était prévu dans 2 mois. Les groupes de la majorité municipale s’élèvent vigoureusement contre cette décision du Premier Ministre. Elle est contraire à une conception respectueuse des pouvoirs locaux ; elle est archaïque dans sa méthode faite d’un autoritarisme jacobin hors d’âge, elle est archaïque dans sa défense d’un conservatisme dont les Parisiens ne veulent plus.

Jean-Pierre Caffet, président du groupe SRGA
Ian Brossat, président du groupe PC/PG
Danielle Fournier et Sylvain Garel, présidents du groupe EELVA.



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